Note (Retour au Texte) — TABLE DES MATIÈRES.
Reading edition
«De Mdabourou trois lignes principales traversent le désert qui sépare l'Ougogo de l'Ounyamouézi, et qui a reçu des indigènes le nom de plaine embrasée. On n'y trouve pas d'eau, si ce n'est après les pluies; mais la torche et la cognée diminuent rapidement les souffrances qu'il impose. Il fallait, il y a quinze ans, douze marches ordinaires et plusieurs marches forcées pour le franchir; actuellement on le traverse en une semaine. La première moitié est la plus sauvage, et l'on dit que, même en cet endroit, des hameaux de Ouakimbou s'élèvent tous les jours au nord et au sud de la route. C'est le 20 octobre que nous commençâmes le transit de ce plateau brûlant, dont la largeur est d'environ deux cent vingt-cinq kilomètres de l'est à l'ouest, et que nous apercevions depuis notre départ de Khokho. Dès les premiers pas, nous nous trouvâmes dans un fouillis de gommiers et de mimosas, auxquels se mêlent le cactus, l'aloès, l'euphorbe, une herbe rigide, que broutent les bestiaux quand elle est verte, et que brûlent les caravanes quand elle est sèche, pour favoriser la pousse nouvelle[10]. Le second jour nous atteignîmes le ravin de Maboungourou, déchirure profonde, jonchée de blocs de syénite, qui renferme parfois un torrent infranchissable; même à l'époque de sécheresse où nous nous y arrêtâmes, elle contient des auges remplies d'eau de pluie, où les crustacés abondent, ainsi que plusieurs espèces de silures. On voit au midi cet horizon bleu qui ressemble à l'océan; plus près de nous la preuve incontestable de l'action plutonnienne qui se révèle dans toute la partie orientale de l'Ounyamouézi, et qui se montre au nord jusqu'aux rives du lac Nyanza. Des roches en dos d'âne, ayant tantôt quelques mètres de circonférence, et tantôt plus d'un mille; des masses coniques, des tours solitaires, formant de longues avenues, ou composant des groupes nombreux, quelques-unes, droites et minces, sont plantées ça et là comme des quilles de géants; quelques autres, fendues par la moitié, surgissent de la plaine même, ou comme il arrive dans les formations gypseuses, elles hérissent de petites crêtes ondulées, formées de rocailles. L'une de ces aiguilles rendit, sous le choc, un son métallique, et de nombreux quartiers de roche, placés en équilibre, me rappelèrent la tradition des pierres branlantes. De loin, à travers le hallier, on croit voir des édifices de construction cyclopéenne, et quand la clarté de la lune se joue parmi ces roches couronnées de cactus, dorées par le soleil, zébrées de noir par la pluie, entourées de lianes rampantes, ces masses granitiques ajoutent puissamment à l'effet du paysage.