Note Retour au texte principal — VOYAGES ET DÉCOUVERTES AU CENTRE DE L'AFRIQUE.
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«Le 23, ayant laissé derrière nous tout vestige de culture et gravi des collines de sable, nous apercevons les eaux du Tchad que les pluies ont fait déborder. Toute la plaine est couverte de capparis sodata, dont les indigènes retirent un sel fade, moins mauvais, pourtant, que celui des environs de Kotoko où il est extrait de la bouse de vache. Nous entrons le lendemain dans la célèbre Ngégimi, et nous sommes tout désappointés de ne voir qu'un pauvre village, quelques huttes éparses, dépourvues de tout confort, dont les habitants, qui ont faim, nous demandent du millet en échange de leurs maigres volailles. Deux ans après, ces malheureux devaient être capturés par les Touaregs, et ceux qui échappèrent à l'esclavage furent contraints, par l'inondation, d'aller s'établir sur une colline de sable, où je les retrouvai plus tard. Quant à Woudie, saccagée par les Touaregs en 1838, quelques dattiers indiquent seuls l'endroit où fut cette ville, l'une des anciennes résidences du roi de Bornou. Je pensais au sort de cet empire de Kanem, autrefois si brillant[15]; j'avais sous les yeux d'immenses rizières, de gras pâturages, le sol le plus fertile du monde, et cependant un pays désolé: des villages en ruines, des villes croulantes, des pasteurs craintifs, dont mes bandits enlevaient le bétail; mais j'ai l'espoir que nos travaux aideront à rappeler la vie dans ces contrées fertiles.