Note 59 — II
Reading edition
Si le sentiment religieux est un sentiment qui se déploie dans des relations personnelles entre l’homme et une divinité conçue comme personnelle, il en découle immédiatement que, comme le sentiment social, l’émotion religieuse n’est pas une émotion simple, mais un ensemble d’émotions. Et de même que l’on dit non pas le sentiment social, mais les sentiments sociaux, de même on devrait dire non pas le sentiment religieux, mais les sentiments religieux. La seconde définition proposée par Schleiermacher pour le sentiment religieux est insuffisante et étroite. La piété est bien autre chose encore qu’un instinct de dépendance ; il y a en elle des éléments non seulement de crainte, mais de reconnaissance, d’espérance, de joie, d’amour. Et M. Tarde a raison d’affirmer que le sentiment religieux, « dans toutes les religions, naît de la fusion des émotions les plus contraires, grâce à une température interne très élevée, en une émotion caractéristique, métal complexe, airain de Corinthe du cœur ». — Si le sentiment religieux est une émotion complexe et multiple, la proportion de ses éléments différents est loin de demeurer constante. Et y a correspondance étroite entre la qualité et la quantité de l’émotion et la conception que l’homme se fait de la divinité et des rapports qu’il est possible, désirable, obligatoire d’entretenir avec elle. Et l’association étroite du sentiment religieux avec des notions et des sentiments moraux infiniment variés, le contraignent à se nuancer de mille teintes nouvelles, dont chacune est propre à un temps, à un pays, à une dogmatique, à une liturgie, à un code et à un cérémonial particuliers.