Note 43 — II
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Voici le point de vue auquel, le cas échéant, on se placerait pour résoudre cette question : La raison, comme telle, ne contient pas Dieu d’une façon explicite et immédiate. Dieu n’est pas réductible à une loi, il est un être. Il suffit à la raison pour sa gloire de contenir des principes indispensables à l’aide desquels l’homme pourra s’élever à Dieu par son intelligence et qui permettront à la vie religieuse de naître et de fonctionner. — D’une manière générale, tout exercice de l’intelligence réclame une expérience préalable ; l’intelligence ne peut travailler que sur des données qu’elle élabore lorsqu’elles lui ont été fournies par l’expérience. L’intelligence, dans le domaine religieux, ne déroge pas à cette règle. Toutefois, une seconde distinction ici s’impose. Ce que l’intelligence religieuse implique avant elle, c’est simplement l’expérience sensible, la première en date de toutes les expériences ; elle suppose à vrai dire non seulement l’expérience sensible, mais certaines interprétations intellectuelles de ces expériences sensibles. Par ses sens, l’homme primitif subit la pression du milieu extérieur, il réagit contre ces impressions multiples et confuses, il leur applique les principes cardinaux de la raison, il conçoit un monde extérieur : nature et humanité. L’idée religieuse, sous sa forme élémentaire, surgit d’une nouvelle application des lois rationnelles de causalité et de finalité à ce monde extérieur ainsi conçu : l’individu se rattache, avec la nature elle-même et l’humanité, à un être ou à des êtres supérieurs, divins. En effet, comme l’a proclamé saint Paul, « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages » (Rom. I, 20). L’idée religieuse se complète et s’épure par une nouvelle application de la raison (lois de moralité) à l’individu, à la société et à Dieu. — La première idée religieuse n’a donc pas suivi chronologiquement le premier sentiment religieux. L’a-t-elle précédé ? ou bien idée et sentiment ont-ils jailli ensemble dans un même élan de l’être tout entier ? Il est difficile de le décider. Une réponse unique n’est peut-être pas de mise. Qui sait si les deux possibilités ne se sont pas réalisées toutes deux parmi les divers membres de l’humanité primitive ? Quoi qu’il en soit, la première émotion religieuse a nécessairement dû envelopper une croyance, un jugement, une notion. Sans cet élément intellectuel, la première émotion religieuse n’aurait pas été religieuse.