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Le Roman Comique

Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.

Reading edition

Je fus baptisé deux jours après ma naissance; le nom que l'on m'imposa ne fait rien à mon histoire. J'eus pour parrain un seigneur de place fort riche, dont mon père etoit voisin, lequel ayant appris de madame sa femme la grossesse de ma mère, après un si long temps de mariage, comme j'ai dit, il lui demanda son fruit pour le presenter au baptême: ce qui lui fut accordé fort agreablement. Comme ma mère n'avoit que moi, elle m'eleva avec grand soin, et un peu trop delicatement pour un enfant de ma condition. Quand je fus un peu grand, je fis paroître que je ne serois pas sot, ce qui me fit aimer de tous ceux de qui j'etois connu, et principalement de mon parrain, lequel n'avoit qu'une fille unique mariée à un gentilhomme parent de ma mère. Elle avoit deux fils, un plus âgé d'un an que moi, et l'autre moins âgé d'un an, mais qui etoient aussi brutaux que je faisois paroître d'esprit; ce qui obligeoit mon parrain à m'envoyer querir quand il avoit quelque illustre compagnie, car c'etoit un homme splendide et qui traitoit tous les princes et grands seigneurs qui passoient par cette ville. Il me faisoit chanter, danser et caqueter pour les divertir, et j'etois toujours assez bien vêtu pour avoir entrée partout. J'aurois fait fortune avec lui, si la mort ne me l'eût ravi trop tôt, à un voyage qu'il fit à Paris. Je ne ressentis point alors cette mort comme j'ai fait depuis. Ma mère me fit etudier, et je profitois beaucoup; mais, quand elle aperçut que j'avois de l'inclination à être d'église, elle me retira du collège et me jeta dans le monde, où je pensai me perdre, nonobstant le voeu qu'elle avoit fait à Dieu de lui consacrer le fruit qu'elle produiroit s'il lui accordoit la prière qu'elle lui faisoit de lui en donner. Elle etoit tout au contraire des autres mères, qui ôtent à leurs enfans les moyens de se debaucher: car elle me bailloit (tous les dimanches et fêtes) de l'argent pour jouer et aller au cabaret. Neanmoins, comme j'avois le naturel bon, je ne faisois point d'excès, et tout se terrminoit à me rejouir avec mes voisins. J'avois fait grande amitié avec un jeune garçon âgé de quelques années plus que moi, fils d'un officier de la reine mère du roi Louis treizième, de glorieuse memoire, lequel avoit aussi deux filles. Il faisoit sa residence dans une maison située dans ce beau parc, lequel (comme vous pouvez sçavoir) a eté autrefois le lieu de delices des anciens ducs d'Alençon. Cette maison lui avoit eté donnée, avec un grand enclos, par la reine sa maîtresse, qui jouissoit alors en apanage de ce duché. Nous passions agreablement le temps dans ce parc, mais comme des enfans, sans penser à ce qui arriva depuis. Cet officier de la reine, que l'on appeloit M. du Fresne, avoit un frère aussi officier dans la maison du roi, lequel lui demanda son fils, ce que du Fresne n'osa refuser. Devant que de partir pour la cour il me vint dire adieu, et j'avoue que ce fut la première douleur que je ressentis en ma vie. Nous pleurâmes bien fort en nous separant; mais je pleurai bien davantage quand, trois mois après son depart, sa mère m'apprit la nouvelle de sa mort. Je ressentis cette affliction autant que j'en etois capable, et je m'en allai le pleurer avec ses soeurs, qui en étoient sensiblement touchées. Mais, comme le temps modère tout, quand ce triste souvenir fut un peu passé, mademoiselle du Fresne vint un jour prier ma mère d'agréer que j'allasse donner quelques exemples d'ecriture à sa jeune fille, que l'on appeloit mademoiselle du Lys, pour la discerner de son aînée, qui portoit le nom de la maison. «D'autant, lui dit-elle, que l'ecrivain qui l'enseignoit s'en est allé»; ajoutant qu'il y en avoit beaucoup d'autres, mais qu'ils ne vouloient pas aller montrer en ville, et que sa fille n'etoit pas de condition à rouler les ecoles. Elle s'excusa fort de cette liberté; mais elle dit qu'avec les amis l'on en use facilement. Elle ajouta que cela pourroit se terminer à quelque chose de plus important, sous-entendant notre mariage, qu'elles conclurent depuis secretement entre elles. Ma mère ne m'eut pas plutôt proposé cet emploi que l'après-dînée j'y allai, ressentant dejà quelque secrète cause qui me faisoit agir, sans y faire pourtant guère de reflexion. Mais je n'eus pas demeuré huit jours en la pratique de cet exercice que la du Lys, qui etoit la plus jolie des deux filles, se rendit fort familière avec moi, et souvent par raillerie m'appeloit mon petit maître. Ce fut pour lors que je commençai à ressentir quelque chose dans mon coeur, qu'il avoit ignoré jusque alors, et il en fut de même de la du Lys. Nous etions inséparables, et nous n'avions point de plus grande satisfaction que quand on nous laissoit seuls, ce qui arrivoit assez souvent. Ce commerce dura environ six mois, sans que nous nous parlassions de ce qui nous possedoit; mais nos yeux en disoient assez. Je voulus un jour essayer à faire des vers à sa louange, pour voir si elle les recevroit agreablement; mais, comme je n'en avois point encore composé, je ne pus pas y reussir. Je commençois à lire les bons romans et les bons poètes, ayant laissé les Melusines, 385 Robert-le-Diable, les Quatre fils Aymon, la Belle Maguelonne, Jean de Paris, etc., qui sont les romans des enfans. Or, en lisant les oeuvres de Marot, j'y trouvai un triolet qui convenoit merveilleusement bien à mon dessein. Je le transcrivis mot à mot. Voici comme il y avoit:

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