Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.
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«Je fis des grandes connoissances dans la maison de cet illustre cardinal, et principalement avec les pages, dont il y en avoit dix-huit de Normandie, et qui me faisoient de grandes caresses, aussi bien que les autres domestiques de sa maison. Quand la ville fut rendue, notre regiment fut licencié, et nous nous en revînmes à Saint-Patrice. La dame du lieu avoit un procès contre son fils aîné, et se preparoit pour aller le poursuivre à Grenoble. Quand nous arrivâmes, je fus prié de l'accompagner; à quoi j'eus un peu de repugnance, car je voulois me retirer, comme je vous ai dit; mais je me laissai gagner, dont je ne me repentis pas, car, quand nous fûmes arrivés à Grenoble, où je sollicitai fortement le procès, le roi Louis treizième, de glorieuse memoire, y passa pour aller en Italie 420, et j'eus l'honneur de voir à sa suite les plus grands seigneurs de ce pays 421, et entre autres le gouverneur de cette ville, lequel connoissoit fort M. de Saint-Patrice, auquel il me recommanda, et, après m'avoir offert de l'argent, lui dit qui j'etois, ce qui l'obligea à faire plus d'estime de moi qu'il n'avoit pas fait, bien que je n'eusse pas sujet de me plaindre. Je vis encore cinq jeunes hommes de cette ville qui etoient au regiment des gardes, trois desquels etoient gentilshommes, et auxquels j'avois l'honneur d'appartenir; je les traitai du mieux qu'il me fut possible, et à la maison et au cabaret. Un jour que nous venions de déjeuner d'un logis du faubourg de Saint-Laurent, qui est au delà du pont, nous nous arrêtâmes dessus pour voir passer des bateaux, et alors un d'eux me dit qu'il s'etonnoit fort que je ne leur demandasse point de nouvelles de la du Lys. Je leur dis que je n'avois osé de peur de trop apprendre. Ils me repartirent que j'avois bien fait, et que je devois l'oublier, puisqu'elle ne m'avoit pas tenu parole. Je pensai mourir à cette nouvelle; mais enfin il fallut tout sçavoir. Ils m'apprirent donc qu'aussitôt que l'on eut appris mon depart pour l'Italie, qu'on l'avoit mariée à un jeune homme qu'ils me nommèrent, et qui etoit celui de tous ceux qui y pouvoient pretendre pour qui j'avois le plus d'aversion. Alors j'eclatai, et dis contre elle tout ce que la colère me suggera. Je l'appelai tigresse, felonne, perfide, traîtresse; qu'elle n'eût pas osé se marier me sçachant si près, etant bien assurée que je la serois allé poignarder avec son mari, jusques dedans son lit. Après, je sortis de ma poche une bourse d'argent et de soie bleue, à petit point, qu'elle m'avoit donnée, dans laquelle je conservois le bracelet et le ruban que je lui avois gagné. Je mis une pierre dedans et la jetai avec violence dans la rivière, en disant: «Ainsi se puisse effacer de ma memoire celle à qui ont appartenu ces choses, de même qu'elles s'enfuiront au gré des ondes!» Ces messieurs furent etonnés de mon procedé, et me protestèrent qu'ils etoient bien marris de me l'avoir dit, mais qu'ils croyoient que je l'eusse sçu d'ailleurs. Ils ajoutèrent, pour me consoler, qu'elle avoit eté forcée à se marier, et qu'elle avoit bien fait paroître l'aversion qu'elle avoit pour son mari: car elle n'avoit fait que languir depuis son mariage, et etoit morte quelque temps après. Ce discours redoubla mon deplaisir et me donna à même temps quelque espèce de consolation. Je pris congé de ces messieurs et me retirai à la maison, mais si changé que mademoiselle de Saint-Patrice, fille de cette bonne dame, s'en aperçut. Elle me demanda ce que j'avois, à quoi je ne repondis rien; mais elle me pressa si fort que je lui dis succinctement mes aventures et la nouvelle que je venois d'apprendre. Elle fut touchée de ma douleur, comme je le connus par les larmes qu'elle versa. Elle le fit sçavoir à sa mère et à ses frères, qui me temoignèrent de participer à mes deplaisirs, mais qu'il falloit se consoler et prendre patience.