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Le Roman Comique

Note (retour) — TROISIÈME PARTIE.

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Un jour que j'avois acheté de la toile et de la dentelle pour des collets que j'avois baillés à faire à ses filles de service, comme elles y travailloient, elle leur demanda pour qui etoient ces collets. Elles repondirent que c'etoit pour moi, et alors elle leur dit qu'elles les achevassent, mais que pour la dentelle, elle la vouloit mettre. Un jour qu'elle l'attachoit, j'entrai dans sa chambre, et elle me dit qu'elle travailloit pour moi, dont je fus si confus que je ne fis que des remerciemens de même. Mais un matin que j'ecrivois dans ma chambre, qui n'etoit pas eloignée de la sienne, elle me fit appeler par un laquais, et quand j'en approchai j'entendis qu'elle crioit furieusement contre sa demoiselle suivante et contre sa femme de chambre; elle disait: «Ces chiennes, ces vilaines, ne sçauroient rien faire adroit! Sortez de ma chambre.» Comme elles en sortoient, j'y entrai, et elle continua à declamer contre elles, et me dit de fermer la porte et de lui aider à s'habiller; et aussitôt elle me dit de prendre sa chemise qui étoit sur la toilette et de la lui donner, et à même temps elle depouilla celle qu'elle avoit et s'exposa à ma vue toute nue, dont j'eus une si grande honte que je lui dis que je ferois encore plus mal que ces filles, qu'elle devoit faire revenir, à quoi elle fut obligée par l'arrivée de son mari. Je ne doutai donc plus de son intention; mais comme j'etois jeune et timide, j'apprehendai quelque sinistre accident: car, quoiqu'elle fût dejà avancée en âge, elle avoit pourtant encore des beaux restes; ce qui me fit resoudre à demander mon congé, ce que je fis un soir après que l'on eut servi le souper. Alors, sans me rien repondre, son mari se retira à sa chambre, et elle tourna sa chaise du côté du feu, disant au maître d'hôtel de remporter la viande. Je descendis pour souper avec lui. Comme nous etions à table, une sienne nièce, âgée d'environ douze ans, descendit, et, s'adressant à moi, me dit que madame sa tante l'envoyoit pour sçavoir si j'avois bien le courage de souper, elle ne soupant point. Je ne me souviens pas bien de ce que je lui repondis; mais je sçais bien que la dame se mit au lit et qu'elle fut extremement malade. Le lendemain, de grand matin, elle me fit appeler pour donner ordre d'avoir des medecins; comme j'approchai de son lit, elle me donna la main et me dit ouvertement que j'etois la cause de son mal, ce qui fit redoubler mon apprehension, en sorte que le même jour je me mis dans des troupes qu'on faisoit à Paris pour le duc de Mantoue 413, et je partis sans en rien dire à personne. Notre capitaine ne vint pas avec nous, laissant la conduite de sa compagnie à son lieutenant, qui etoit un franc voleur, aussi bien que les deux sergens: car ils brûloient presque tous les logemens et nous faisoient souffrir; aussi ils furent pris par le prevôt de Troye en Champagne, lequel les y fit pendre 414, excepté l'un des sergens, qui se trouva frère d'un des valets de chambre de monseigneur le duc d'Orleans, lequel le sauva. Nous demeurâmes sans chef, et les soldats, d'un commun accord, firent election de ma personne pour commander la compagnie, qui etoit composée de quatre-vingts soldats. J'en pris la conduite avec autant d'autorité que si j'en eusse eté le capitaine en chef. Je passai en revue et tirai la montre 415, que je distribuai, aussi bien que les armes, que je pris à Sainte-Reine en Bourgogne 416. Enfin nous filâmes jusqu'à Embrun, en Dauphiné, où notre capitaine nous vint trouver, dans l'apprehension qu'il n'y avoit pas un soldat à sa compagnie. Mais quand il apprit ce qui s'etoit passé, et que je lui en fis paroître soixante-huit (car j'en avois perdu douze dans la marche) il me caressa fort et me donna son drapeau et sa table.

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