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Le Roman Comique

Note (retour) — ROMAN COMIQUE

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Le reste de la nuit se passa assez paisiblement. La Rancune dormit, ou en fit le semblant. Les coqs chantèrent, le jour vint, et l'homme qui couchoit dans la chambre de nos comediens se fit allumer du feu et s'habilla. Il fut question de se botter: une servante lui presenta les vieilles bottes de la Rancune, qu'il rebuta rudement; on lui soutint qu'elles etoient à lui; il se mit en colère et fit une rumeur diabolique. L'hôte monta dans la chambre et lui jura, foi de maître cabaretier, qu'il n'y avoit point d'autres bottes que les siennes non seulement dans la maison, mais aussi dans le village, le curé même n'allant jamais à cheval 230. Là-dessus, il lui voulut parler des bonnes qualités de son curé, et lui conter de quelle façon il avoit eu sa cure, et depuis quand il la possedoit. Le babil de l'hôte acheva de lui faire perdre patience. La Rancune et l'Olive, qui s'etoient eveillés au bruit, prirent connoissance de l'affaire, et la Rancune exagera l'enormité du cas et dit à l'hôte que cela etoit bien vilain. «Je me soucie d'une paire de bottes neuves comme d'une savate, disoit le pauvre debotté à la Rancune; mais il y va d'une affaire de grande importance pour un homme de condition à qui j'aimerois moins avoir manqué qu'à mon propre père, et, si je trouvois les plus mechantes bottes du monde à vendre, j'en donnerais plus qu'on ne m'en demanderoit.» La Rancune, qui s'etoit mis le corps hors du lit, haussoit les epaules de temps en temps et ne lui repondoit rien, se repaissant les yeux de l'hôte et de la servante, qui cherchoient inutilement les bottes, et du malheureux qui les avoit perdues, qui cependant maudissoit sa vie et meditoit peut-être quelque chose de funeste, quand la Rancune, par une generosité sans exemple et qui ne lui etoit pas ordinaire, dit tout haut, en s'enfonçant dans son lit, comme un homme qui meurt d'envie de dormir: «Morbleu! Monsieur, ne faites plus tant de bruit pour vos bottes, et prenez les miennes, mais à condition que vous nous laisserez dormir, comme vous voulûtes hier que j'en fisse autant.» Le malheureux, qui ne l'etoit plus puisqu'il retrouvoit des bottes, eut peine à croire ce qu'il entendoit; il fit un grand galimatias de mauvais remercîment, d'un ton de voix si passionné que la Rancune eut peur qu'à la fin il ne le vînt embrasser dans son lit. Il s'ecria donc en colère, et jurant doctement: «Eh! morbleu! Monsieur, que vous êtes fâcheux, et quand vous perdez vos bottes, et quand vous remerciez ceux qui vous en donnent! Au nom de Dieu, prenez les miennes encore un coup, et je ne vous demande autre chose sinon que vous nous laissiez dormir, ou bien rendez-moi mes bottes et faites tant de bruit que vous voudrez.» Il ouvroit la bouche pour repliquer, quand la Rancune s'ecria: «Ah! mon Dieu! que je dorme ou que mes bottes me demeurent!» Le maître du logis, à qui une façon de parler si absolue avoit donné beaucoup de respect pour la Rancune, poussa hors de la chambre son hôte, qui n'en eût pas demeuré là, tant il avoit de ressentiment 231 d'une paire de bottes si genereusement donnée. Il fallut pourtant sortir de la chambre et s'aller botter dans la cuisine, et lors la Rancune se laissa aller au sommeil plus tranquillement qu'il n'avoit fait la nuit, sa faculté de dormir n'etant plus combattue du desir de voler des bottes et de la crainte d'être pris sur le fait. Pour l'Olive, qui avoit mieux employé la nuit que lui, il se leva de grand matin, et, s'etant fait tirer du vin, s'amusa à boire, n'ayant rien de meilleur à faire.

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