Note (retour) — ROMAN COMIQUE
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e Destin avoit grande impatience de sçavoir de sa chère l'Etoile par quelle aventure elle s'etoit trouvée dans le bois où Saldagne l'avoit prise, mais il avoit encore plus grande peur d'être suivi. Il ne songea donc qu'à piquer sa bête, qui n'etoit pas fort bonne, et à presser de la voix et d'une houssine qu'il rompit à un arbre le cheval de l'Etoile, qui etoit une puissante haquenée 275. Enfin, les deux jeunes amans se rassurèrent, et, s'étant dit quelques douces tendresses (car il y avoit lieu d'en dire après ce qui venoit d'arriver; et, pour moi, je n'en doute point, quoique je n'en sçache rien de particulier); après donc s'être bien attendri le coeur l'un à l'autre, l'Etoile fit sçavoir au Destin tous les bons offices qu'elle avoit rendus à la Caverne: «Et je crains bien, lui dit-elle, que son affliction ne la fasse malade, car je n'en vis jamais une pareille. Pour moi, mon cher frère, vous pouvez bien penser que j'eus autant besoin de consolation qu'elle, depuis que votre valet, m'ayant amené un cheval de votre part, m'apprit que vous aviez trouvé les ravisseurs d'Angelique et que vous en aviez eté fort blessé.--Moi blessé! interrompit le Destin; je ne l'ai point eté ni en danger de l'être, et je ne vous ai point envoyé de cheval: il y a quelque mystère ici que je ne comprends point. Je me suis aussi tantôt etonné de ce que vous m'avez si souvent demandé comment je me portois et si je n'etois point incommodé d'aller si vite.--Vous me rejouissez et m'affligez tout ensemble, lui dit l'Etoile; vos blessures m'avoient donné une terrible inquietude, et ce que vous me venez de dire me fait croire que votre valet a eté gagné par nos ennemis pour quelque mauvais dessein qu'on a contre nous.--Il a plutôt eté gagné par quelqu'un qui est trop de nos amis, lui dit le Destin. Je n'ai point d'ennemi que Saldagne, mais ce ne peut être lui qui ait fait agir mon traître de valet, puisque je sçais qu'il l'a battu quand il vous a trouvée.--Et comment le sçavez-vous? lui demanda l'Etoile, car je ne me souviens pas de vous en avoir rien dit.--Vous le sçaurez aussitôt que vous m'aurez appris de quelle façon on vous a tirée dû Mans.--Je ne vous en puis apprendre autre chose que ce que je vous viens de dire, reprit l'Etoile. Le jour d'après que nous fûmes revenues au Mans, la Caverne et moi, votre valet m'amena un cheval de votre part, et me dit, faisant fort l'affligé, que vous aviez eté blessé par les ravissurs d'Angelique et que vous me priiez de vous aller trouver. Je montai à cheval dès l'heure même, encore qu'il fût bien tard; je couchai à cinq lieues du Mans, en un lieu dont je ne sçais pas le nom, et le lendemain, à l'entrée d'un bois, je me trouvai arrêtée par des personnes que je ne connoissois point. Je vis battre votre valet et j'en fus fort touchée. Je vis jeter fort rudement une femme de dessus un cheval, et je reconnus que c'etoit ma compagne; mais le pitoyable état où je me trouvois et l'inquietude que j'avois pour vous m'empêchèrent de songer davantage à elle. On me mit en sa place, et on marcha jusqu'au soir; après avoir fait beaucoup de chemin, le plus souvent au travers des champs, nous arrivâmes bien avant dans la nuit auprès d'une gentilhommière 276, où je remarquai qu'on ne nous voulut pas recevoir. Ce fut là que je reconnus Saldagne, et sa vue acheva de me desesperer. Nous marchâmes encore long-temps, et enfin on me fit entrer comme en cachette dans la maison d'où vous m'avez heureusement tirée.»
