Note (retour) — ROMAN COMIQUE
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ependant que le Destin couroit a tâtons après ceux qui avoient enlevé Angelique, la Rancune et l'Olive, qui n'avoient pas si à coeur que lui cet enlevement, ne coururent pas si vite que lui après les ravisseurs, outre qu'ils etoient à pied. Ils n'allèrent donc pas loin, et, ayant trouvé dans le prochain bourg une hôtellerie qui n'etoit pas encore fermée, ils y demandèrent à coucher. On les mit dans une chambre où etoit dejà couché un hôte, noble ou roturier, qui y avoit soupé, et qui, ayant à faire diligence pour des affaires qui ne sont pas venues à ma connoissance, faisoit etat de partir à la pointe du jour. L'arrivée des comediens ne servit pas au dessein qu'il avoit d'être à cheval de bonne heure: car il en fut eveillé, et peut-être en pesta-t-il en son ame; mais la presence de deux hommes d'assez bonne mine fut possible cause qu'il n'en temoigna rien. La Rancune, qui etoit d'une accostante manière, lui fit d'abord des excuses de ce qu'ils troubloient son repos, et lui demanda ensuite d'où il venoit. Il lui dit qu'il venoit d'Anjou et qu'il s'en alloit en Normandie pour une affaire pressée. La Rancune, en se deshabillant et pendant qu'on chauffoit des draps, continuoit ses questions; mais comme elles n'etoient utiles ni à l'un ni à l'autre, et que le pauvre homme qu'on avoit eveillé n'y trouvoit pas son compte, il le pria de le laisser dormir. La Rancune lui en fit des excuses fort cordiales, et en même temps, l'amour-propre lui faisant oublier celui du prochain, il fit dessein de s'approprier une paire de bottes neuves qu'un garçon de l'hôtellerie venoit de rapporter dans la chambre après les avoir nettoyées 229. L'Olive, qui n'avoit alors autre envie que de bien dormir, se jeta dans le lit, et la Rancune demeura auprès du feu, non tant pour voir la fin du fagot qu'on avoit allumé que pour contenter la noble ambition d'avoir une paire de bottes neuves aux depens d'autrui. Quand il crut l'homme qu'il alloit voler bien et dûment endormi, il prit ses bottes, qui etoient au pied de son lit, et, les ayant chaussées à cru, sans oublier de s'attacher les eperons, s'alla mettre, ainsi botté et eperonné qu'il etoit, auprès de l'Olive. Il faut croire qu'il se tint sur le bord du lit, de peur que ses jambes armées ne touchassent aux jambes nues de son camarade, qui ne se fût pas tu d'une si nouvelle façon de se mettre entre deux draps, et ainsi auroit pu faire avorter son entreprise.
