Note (retour) — ROMAN COMIQUE
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eandre regardoit donc par la fenêtre de sa chambre du côté qu'il attendoit son valet, quand, tournant la tête de l'autre côté, il vit arriver le petit Ragotin, botté jusqu'à la ceinture, monté sur un petit mulet, et ayant à ses étriers, comme deux estafiers 249, la Rancune d'un côté et l'Olive de l'autre. Ils avoient appris de village en village des nouvelles du Destin, et, à force de l'avoir suivi, l'avoient enfin trouvé. Le Destin descendit en bas au devant d'eux et les fit monter dans la chambre. Ils ne reconnurent point d'abord le jeune Leandre, qui avoit changé de mine aussi bien que d'habit. Afin qu'on ne le connût pas pour ce qu'il etoit, le Destin lui commanda d'aller faire apprêter le souper avec la même autorité dont il avoit coutume de lui parler; et les comediens, qui le reconnurent par là, ne lui eurent pas plutôt dit qu'il etoit bien brave que le Destin repondit pour lui et leur dit qu'un oncle riche qu'il avoit au bas Maine l'avoit equipé de pied en cap comme ils le voyoient, et même lui avoit donné de l'argent pour l'obliger à quitter la comedie, ce qu'il n'avoit pas voulu faire, et ainsi l'avoit laissé sans lui dire adieu. Le Destin et les autres s'entredemandèrent des nouvelles de leur quête et ne s'en dirent point. Ragotin assura le Destin qu'il avoit laissé les comediennes en bonne santé, quoique fort affligées de l'enlevement de mademoiselle Angelique. La nuit vint; on soupa, et les nouveaux venus burent autant que les autres burent peu. Ragotin se mit en bonne humeur, défia tout le monde à boire, comme un fanfaron de taverne qu'il etoit, fit le plaisant et chanta des chansons en depit de tout le monde; mais, n'etant pas secondé, et le beau-frere de l'hôtesse ayant representé à la compagnie que ce n'etoit pas bien fait de faire la debauche 250 auprès d'un mort, Ragotin en fit moins de bruit et en but plus de vin.
