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Le Roman Comique

Note 112 — ROMAN COMIQUE

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Note 112:

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Scarron dit encore plus loin, en parlant du baron de Sigognac: «Au temps où nous sommes, il seroit pour le moins un marquis.» (L. 2, ch. 3.) Cette usurpation des titres étoit un effet que devoit naturellement produire l'influence exagérée de la cour et des grands seigneurs sous Louis XIV, ainsi que la haine professée par les écrivains, comme par les courtisans, contre les bourgeois, surtout à partir de 1650. Il est vrai que cette haine et ces attaques avoient pour cause, la plupart du temps, les envahissements continuels de la bourgeoisie. C'étoit surtout la Fronde qui avoit ouvert la voie à son ambition: plusieurs bourgeois étoient arrivés au pouvoir; beaucoup s'étoient trouvés en rapport avec les nobles, qu'ils avoient vus de près dans la grande salle du Palais, qu'ils avoient secondés à Paris et à Bordeaux. Ils avoient été éblouis autant de leurs défauts brillants que de leurs brillantes qualités, et ils en étoient venus à désirer les titres, et, par suite, à les prendre quelquefois, pour n'être pas rejetés en dehors de ce monde qui les charmoit. Ce n'étoit plus alors cette bourgeoisie rogue et ennemie de la noblesse du temps de la Ligue et de Richelieu. Aussi les écrivains de cette époque sont-ils pleins de témoignages analogues à celui de Scarron. Je ne parle pas de mademoiselle de Gournay, qui remonte aux premières années du siècle; mais Saint-Amant, par exemple, s'exprime en ces termes (1658): «Si je ne me suis pu résoudre jusqu'à présent à me

monsieuriser

moy-mesme dans les titres de tous mes ouvrages, je te prie de croire que ce n'est point par une modestie affectée, ou injurieuse à ceux qui en ont usé de la sorte dans les leurs, et que, quand on m'aura bien prouvé que j'ay mal fait, je ne me

monsieuriseray

pas seulement, mais, pour reparer ma faute, je me

messiriseray

et me

chevalieriseray

à tour de bras,

pour le moins avec autant de raison que la pluspart de nos galands d'aujourd'huy en ont à prendre la qualité ou de comte ou de marquis

. (Avis au lecteur précédant

la Généreuse

, édit. Jannet, 2e vol. p. 355.) Le Pays raille également ces

marquis sans marquisats

dans la préface de ses

Amitiez

,

amours

,

amourettes

(1664). Et Molière, dans

l'École des Femmes

(1662):

De la plupart des gens c'est la démangeaison. Je sais un paysan qu'on appeloit Gros-Pierre Qui, n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre, Y fit tout à l'entour faire un fossé bourbeux, Et de monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux. (Acte I, sc. 1.)

Il a encore ridiculisé la même manie dans le Bourgeois gentilhomme et dans George Dandin. Ne peut-on dire aussi que La Fontaine, qui pourtant n'étoit pas lui-même tout à fait irréprochable (V. plus haut notre note, ch. 4, p. 21), pensoit à la même chose en écrivant ses fables de la Grenouille qui veut se faire aussi grosse qu'un boeuf, et du Geai paré des plumes du paon? Bussy-Rabutin fit également une chanson contre les faux nobles, et Claveret une comédie, l'Écuyer, ou les Faux nobles mis au billon (1665), dont il faut lire la dédicace aux vrais nobles. Mais les épigrammes ne suffirent pas: on fut obligé de sévir contre les faux nobles.

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