Note (retour) — ROMAN COMIQUE
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ademoiselle de la Rappinière 68 reçut la compagnie avec grande civilité, comme elle etoit la femme du monde qui se soumettoit le plus facilement. Elle n'etoit pas laide, quoique si maigre et si sèche qu'elle n'avoit jamais mouché de chandelle avec les doigts que le feu n'y prît. J'en pourrois dire cent choses rares, que je laisse de peur d'être trop long. En moins de rien les deux dames furent si grandes camarades qu'elles s'entre-appellèrent ma chère et ma fidèle. La Rappinière, qui avoit de la mauvaise gloire autant que barbier de la ville, dit en entrant qu'on allât à la cuisine et à l'office faire hâter le souper. C'etoit une pure rodomontade: outre son vieil valet, qui pansoit même ses chevaux, il n'y avoit dans le logis qu'une jeune servante et une vieille boiteuse, qui avoit du mal comme un chien. Sa vanité fut punie par une grande confusion qui lui arriva. Il mangeoit d'ordinaire au cabaret aux depens des sots, sa femme et son train si reglé etoient reduits au potage aux choux, selon la coutume du pays 69. Voulant paroître devant ses hôtes et les regaler, il pensa couler par derrière son dos quelque monnoie à son valet pour aller querir de quoi souper. Par la faute du valet ou du maître, l'argent tomba sur la chaise où il etoit assis, et puis de la chaise en bas. La Rappinière en devint tout violet, sa femme en rougit, le valet en jura, la Caverne en souffrit, la Rancune n'y prit peut-être pas garde, et pour Destin, je n'ai pas bien su l'effet que cela fit sur son esprit; l'argent fut ramassé, et en attendant le souper on fit conversation. La Rappinière demanda au Destin pourquoi il se deguisoit le visage d'un emplâtre; il lui dit qu'il en avoit bien du sujet, et que, se voyant travesti par accident, il avoit voulu ôter ainsi la connoissance de son visage à quelques ennemis qu'il avoit.
