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Le Roman Comique

Note (retour) — ROMAN COMIQUE

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Ce jour-là, les comediens avoient eté retenus pour representer une comedie chez un des plus riches bourgeois de la ville, qui faisoit un grand festin et donnoit le bal aux noces d'une demoiselle de ses parentes dont il etoit tuteur. L'assemblée se faisoit dans une maison des plus belles du pays, qu'il avoit quelque part à une lieue de la ville, je n'ai pas bien sçu de quel côté. Le decorateur des comediens et un menuisier y etoient allés dès le matin pour dresser un théâtre. Toute la troupe s'y en alla en deux carrosses, et partit du Mans sur les deux heures du matin, pour arriver à l'heure du dîner où ils devoient jouer la comedie. L'Espagnole dona Inezilla fut de la partie, aux prières des comediennes et de la Rancune. Ragotin, qui en fut averti, alla attendre le carrosse en une hôtellerie qui etoit au bout du faubourg, et attacha un beau cheval qu'il avoit emprunté aux grilles d'une salle basse qui repondoit sur la rue. A peine se mettoit-il à table pour dîner qu'on l'avertit que les carrosses approchoient. Il vola à son cheval sur les ailes de son amour, une grande epée à son côté et une carabine en bandoulière. Il n'a jamais voulu declarer pourquoi il alloit à une noce avec une si grande munition d'armes offensives, et la Rancune même, son cher confident, ne l'a pu sçavoir. Quand il eut detaché la bride de son cheval, les carrosses se trouvèrent si près de lui qu'il n'eut pas le temps de chercher de l'avantage pour s'eriger en petit saint George. Comme il n'etoit pas fort bon ecuyer et qu'il ne s'etoit pas preparé à montrer sa disposition devant tant de monde, il s'en acquitta de fort mauvaise grâce, le cheval etant aussi haut de jambes qu'il en etoit court. Il se guinda pourtant vaillamment sur l'etrier, et porta la jambe droite de l'autre côté de la selle; mais les sangles, qui etoient un peu lâches, nuisirent beaucoup au petit homme: car la selle tourna sur le cheval quand il pensa monter dessus. Tout alloit pourtant assez bien jusque là; mais la maudite carabine qu'il portoit en bandoulière et qui lui pendoit au col comme un collier, s'etoit mise malheureusement entre ses jambes sans qu'il s'en aperçût, tellement qu'il s'en falloit beaucoup que son cul ne touchât au siège de la selle, qui n'etoit pas fort rase, et que la carabine traversoit depuis le pommeau jusqu'à la croupière. Ainsi il ne se trouva pas à son aise et ne put pas seulement toucher les etriers du bout des pieds. Là-dessus, les eperons qui armoient ses jambes courtes se firent sentir au cheval en un endroit où jamais eperon n'avoit touché. Cela le fit partir plus gaîment qu'il n'etoit necessaire à un petit homme qui ne posoit que sur une carabine. Il serra les jambes; le cheval leva le derrière, et Ragotin, suivant la pente naturelle des corps pesans, se trouva sur le col du cheval et s'y froissa le nez, le cheval ayant levé la tête pour une furieuse saccade que l'imprudent lui donna; mais, pensant reparer sa faute, il lui rendit la bride. Le cheval en sauta, ce qui fit franchir au cul du patient toute l'etendue de la selle et le mit sur la croupe, toujours la carabine entre les jambes. Le cheval, qui n'etoit pas accoutumé d'y porter quelque chose, fit une croupade 201 qui remit Ragotin en selle. Le mechant ecuyer resserra les jambes, et le cheval releva le cul encore plus fort, et alors le malheureux se trouva le pommeau entre les fesses, où nous le laisserons comme sur un pivot pour nous reposer un peu: car, sur mon honneur, cette description m'a plus coûté que tout le reste du livre, et encore n'en suis-je pas trop bien satisfait.

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