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Le Roman Comique

Note (retour) — ROMAN COMIQUE (continued 2)

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Par une heureuse rencontre, les billets furent reçus par les deux amoureux. Dom Diègue, qui avoit reçu le sien le premier, arriva aussi le premier à l'assignation. Victoria le reçut et le mit dans une chambre avec Elvire. Je ne m'amuserai point à vous dire les caresses que ces jeunes amans se firent. Dom Fernand, qui frappe à la porte, ne m'en donne pas le temps. Victoria lui alla ouvrir elle-même, après lui avoir bien fait valoir le service qu'elle lui rendoit, dont l'amoureux gentilhomme lui fit cent remerciments, lui promettant encore davantage qu'il ne lui avoit donné. Elle le mena dans une chambre, où elle le pria d'attendre Elvire, qui alloit arriver, et l'enferma sans lui laisser de la lumière, lui disant que sa maîtresse le vouloit ainsi et qu'ils n'auroient pas eté un moment ensemble qu'elle ne se rendît visible; mais qu'il falloit donner cela à la pudeur d'une jeune fille de condition, laquelle, dans une action si hardie, auroit peine à s'accoutumer d'abord à la vue de celui même pour l'amour de qui elle la faisoit. Cela fait, Victoria, le plus diligemment qu'il lui fut possible, se fit extrêmement leste 218, et s'ajusta autant que le peu de temps qu'elle avoit le put permettre. Elle entra dans la chambre où etoit Dom Fernand, qui n'eut pas la moindre défiance qu'elle ne fût Elvire, n'etant pas moins jeune qu'elle et ayant sur elle des habits et des parfums à la mode d'Espagne 219, qui eussent fait passer la moindre servante pour une personne de condition. Là-dessus Dom Pedro, le commissaire et Santillane arrivent. Ils entrent dans la chambre où etoit Elvire avec son serviteur. Les jeunes amans furent extrêmement surpris. Dom Pedro, dans les premiers mouvements de sa colère, en fut si aveuglé qu'il pensa donner de son epée à celui qu'il croyoit être Dom Fernand. Le commissaire, qui avoit reconnu Dom Diègue, lui cria, en lui arrêtant le bras, qu'il prît bien garde à ce qu'il faisoit, et que ce n'etoit pas Fernand de Ribera qui etoit avec sa fille, mais Dom Diègue de Maradas, homme d'aussi grande condition et aussi riche que lui. Dom Pedro en usa en homme sage et releva lui-même sa fille, qui s'etoit jetée à genoux, devant lui. Il considera que, s'il lui donnoit de la peine en s'opposant à son mariage, il s'en donneroit aussi, et qu'il ne lui auroit pas trouvé un meilleur parti, quand il l'auroit choisi lui-même. Santillane pria Dom Pedro, le commissaire et tous ceux qui etoient dans la chambre, de le suivre, et les mena dans celle où Dom Fernand etoit enfermé avec Victoria. On la fit ouvrir au nom du Roi. Dom Fernand l'ayant ouverte et voyant Dom Pedro accompagné d'un commissaire, il leur dit avec beaucoup d'assurance qu'il etoit avec sa femme Elvire de Silva. Dom Pedro lui repondit qu'il se trompoit, que sa fille etoit mariée à un autre. «Et pour vous, ajouta-t-il, vous ne pouvez plus desavouer que Victoria Porto-Carrero ne soit votre femme.» Victoria se fit alors connoître à son infidèle, qui se trouva le plus confus homme du monde. Elle lui reprocha son ingratitude; à quoi il n'eut rien à repondre, et encore moins au commissaire, qui lui dit qu'il ne pouvoit pas faire autrement que de le mener en prison. Enfin le remords de sa conscience, la peur d'aller en prison, les exhortations de Dom Pedro, qui lui parla en homme d'honneur, les larmes de Victoria, sa beauté, qui n'etoit pas moindre que celle d'Elvire, et, plus que toute autre chose, un reste de generosité, qui s'etoit conservée dans l'ame de Dom Fernand malgré toutes les debauches et les emportements de sa jeunesse, le forcèrent de se rendre à la raison et au merite de Victoria. Il l'embrassa avec tendresse; elle pensa s'evanouir entre ses bras, et il y a apparence que les baisers de Dom Fernand ne servirent pas peu à l'en empêcher. Dom Pedro, Dom Diegue et Elvire prirent part au bonheur de Victoria, et Santillane et Beatris en pensèrent mourir de joie. Dom Pedro donna force louanges à Dom Fernand d'avoir si bien reparé sa faute. Les deux jeunes dames s'embrassèrent avec autant de temoignages d'amitié que si elles eussent baisé leurs amans. Dom Diègue de Maradas fit cent protestations d'obéissance à son beau-père, ou du moins qui le devoit bientôt être. Dom Pedro, devant que de s'en retourner chez lui avec sa fille, prit parole des uns et des autres que le lendemain ils viendroient tous dîner chez lui, où quinze jours durant il vouloit que la rejouissance fît oublier les inquietudes que l'on avoit souffertes. Le commissaire en fut instamment prié; il promit de s'y trouver. Dom Pedro le ramena chez lui, et Dom Fernand demeura avec Victoria, qui eut alors autant de sujet de se rejouir qu'elle en avoit eu de s'affliger.

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