Note (retour) — ROMAN COMIQUE
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Ces farces, d'ailleurs, ces grêles de coups et ces avalanches de taloches, qui pourraient sembler revenir trop souvent, trouvent, aussi bien que les noms ridiculement expressifs dont nous venons de parler, leur justification dans les moeurs et coutumes des Manceaux d'alors,--car Dieu me garde de médire des Manceaux d'aujourd'hui! D'une part, la jovialité, le gros rire, l'amour du plaisir, les bons tours de tout genre; de l'autre, les querelles et batailles continuelles, étoient leur fort. Nous voyons la police locale obligée d'intervenir souvent dans l'un et l'autre cas. Ainsi, «un chanoine, ayant représenté une farce scandaleuse le jour de Pâques, est puni par le chapitre, qui fait jurer à ses confrères de ne plus fréquenter les cabarets ni les brelans.--Dans la cathédrale, on donne permission, pendant l'office de la Pentecôte, de jeter du haut de la voûte une colombe et des fleurs; mais on défend de lancer de l'eau et des poulets. Sur la place du Cloître, devant la maison même de Scarron, il faut certains jours laisser à sec la coupe de la fontaine, afin d'éviter les insolences que se permettent les valets, etc... Lisez sur une carte de Jaillot ou de Cassini les noms anciens des localités, et recherchez-en le sens à l'aide d'un lexique roman, de toutes parts vous trouverez des souvenirs de plaisir, de faits licencieux ou turbulents... Quant aux distributions de coups de raquettes, de soufflets et de claques, Scarron ne les a que médiocrement exagérées.» Partout les disputes se terminent le plus souvent par des voies de fait. «Les archives du Mans sont pleines de récits concernant des églises, des cimetières et d'autres lieux consacrés, qui ont été déclarés pollus par suite de coups d'épée ou d'arquebuse qui s'y sont donnés et reçus. Dans les assemblées publiques, au milieu même des cortéges officiels, il n'étoit pas rare de voir surgir de violents débats au sujet des préséances. Un honnête avocat du Mans, dont j'ai les Mémoires du temps même de Scarron, raconte comme un fait qui n'a rien de très étonnant que, se promenant un jour sur la place des Jacobins avec deux demoiselles, dont l'une étoit sa maîtresse, un chanoine se permit de relever la coiffe de l'une d'elles. «Je fus obligé de lui donner un soufflet», dit l'avocat. C'étoit, à ce qu'il paroît, le plus juste prix. Le valet d'une certaine dame noble se crut obligé d'intervenir et de prendre aux cheveux le galant défenseur, qui fut littéralement traîné sur la place. Hâtons-nous de dire que le chanoine fut puni par ses supérieurs et que le valet alla en prison.--Les grands seigneurs du pays inventoient ou importoient, la plupart, des exemples de ce genre, avec les développements et les variantes proportionnés à leur moyens. Les Lavardin 19 n'étoient pas les moins industrieux, ou du moins ils se mettoient peu en peine de changer cet état de choses 20 (V. Tallemant des Réaux).» Aussi les statuts contra rixantes sont-ils sans cesse renouvelés. Du reste, on sait quel rôle les coups de bâton, par exemple, jouoient alors dans les relations de la vie sociale.