Note 59 — LIVRE PREMIER (continued 3)
Reading edition
Tout le monde a reconnu Ronsard et son amour le plus chanté. Ce que dit Furetière n'est pas une médisance. Il est certain que sa Cassandre étoit une fille de basse extraction, qu'elle fut une grisette de Blois, déjà possédée par Saint-Gelais, comme l'ont dit quelques uns, ou bien une servante de taverne, comme il est dit ici. Le poète, d'ailleurs, n'a pas toujours désavoué cette roture de ses amours. Dans une de ses odes, par un élan de franchise, plutôt encore que pour imiter l'ode d'Horace à Xanthias Proccus, il a dit:
Si j'aime depuis naguière Une belle chambrière, Hé! qui m'oseroit blasmer De si bassement aimer? .... Quant à moy, je laisse dire Ceux qui sont prompts à mesdire. Je ne veux laisser pour eux En bas lieu d'être amoureux.
Il laissa dire, en effet; après Cassandre, il aima Genêvre, qu'il avoit connue dans le même quartier, et qui, dit-on, n'étoit autre que la femme du concierge de la geôle de Saint-Marcel.—Tout le monde savoit ce qu'avoient de roturier et d'infime les amours de Ronsard. G. Gueret le donne à entendre dans son Parnasse réformé, p. 73, et on lit dans le Carpenteriana, p. 10, ce passage, qui confirme tout à fait ce que vient de dire Furetière: «Je ne suis point, ma guerrière Cassandre, etc. Sa mademoiselle Cassandre, qui étoit, à ce qu'on dit, une cabaretière, n'y pouvoit rien comprendre, non plus que bien d'honnestes gens d'à présent.»