← Table of contents
Le roi Voltaire

Note 12 — II. LA JEUNESSE DE VOLTAIRE.

Reading edition

Voici comment le poëte conta son aventure:

Or ce fut par un matin sans faute En beau printemps, un jour de Pentecôte, Qu'un bruit étrange en sursaut m'éveilla. Un mien valet, qui du soir était ivre, Maître, dit-il, le Saint-Esprit est là. Je vois paraître au bout de ma ruelle, Non un pigeon, non une colombelle, Mais vingt corbeaux de rapine affamés, Monstres crochus que l'enfer a formés: L'un près de moi s'approche en sycophante: Un maintien doux, une démarche lente, Un ton cafard, un compliment flatteur, Cache le fiel qui lui ronge le cœur. Fallut partir. Je fus bientôt conduit En coche clos vers le royal réduit Que près Saint-Paul ont vu bâtir nos pères Par Charles Cinq. O gens de biens, mes frères, Que Dieu vous gard' d'un pareil logement! J'arrive enfin dans mon appartement. Certain croquant avec douce manière Du nouveau gîte exaltait les beautés, Perfections, aises, commodités. Jamais Phébus, dit-il, dans sa carrière N'y fit briller sa trop vive lumière: Voyez ces murs de dix pieds d'épaisseur, Vous y serez avec plus de fraîcheur. Puis me faisant admirer la clôture, Triple la porte et triple la serrure, Grilles, verroux, carreaux de tout côté, C'est, me dit-il, pour votre sûreté. Me voici donc en ce lieu de détresse, Embastillé, logeant fort à l'étroit, Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid, Sans passe-temps, sans amis, sans maîtresse.

Et sans plume! On s'égaie aujourd'hui sur la Bastille, mais la Bastille était une vraie prison, où Voltaire passa près d'une année à composer des chants de la Henriade sans pouvoir les écrire.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings