← Table of contents
Le marchand de Venise

Note (retour) — ACTE TROISIÈME

François Guizot translation

BASSANIO.--C'est ainsi que ce qui paraît le plus en dehors répond le moins à l'apparence. Le monde est sans cesse déçu par l'ornement. En justice est-il un argument si souillé, si pervers, qu'une voix gracieuse ne puisse l'envelopper de façon à cacher le mal qui s'y trouve renfermé? En religion, est-il une erreur damnable, qu'un front sévère ne sanctifie et ne fasse passer au moyen d'un texte qui en cachera la grossièreté sous une séduisante parure? Il n'est pas de vice si ingénu qui n'emprunte à l'extérieur quelques caractères de la vertu. Que de poltrons, au coeur aussi peu sûr qu'un escalier de sable, portent cependant sur leur menton les barbes d'Hercule et du terrible Mars! Pénétrez dans leur intérieur, vous ne trouverez que des foies blancs comme du lait: ils ne prennent du courage que ce qu'il jette en dehors, pour se rendre redoutables. Regardez la beauté, et vous verrez qu'elle s'achète au poids de ce métal qui opère en ceci un miracle dans la nature, rendant plus facile la route de celui qui en porte le plus10. Ainsi ces tresses d'or, ondoyantes comme un serpent, qui gambadent si follement, au souffle du vent, sur une beauté supposée, ne sont bien souvent qu'un héritage passé sur une seconde tête, tandis que le crâne qui les a nourris est dans le tombeau. L'ornement n'est donc que le rivage perfide d'une mer dangereuse, la brillante écharpe qui voile une beauté indienne; en un mot, un dehors de vérité dont ce siècle artificieux se revêt pour faire tomber les plus sages dans le piége. Ainsi donc, or brillant, aliment que Midas a trouvé trop dur, je ne veux point de toi; ni de toi, pâle et vulgaire agent entre l'homme et l'homme. Mais toi, toi, pauvre plomb, qui menaces plus que tu ne promets, ta pâle simplicité me touche plus que l'éloquence. Je fixe ici mon choix. Puisse le bonheur en être le fruit!

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings