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Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris)

Note 69 — LE GIBET DE MONTFAUCON

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Être en franchise, se mettre en franchise, signifiait se réfugier dans ces lieux qui autrefois jouissaient du droit d’asile et servaient de refuge aux criminels. Si la moitié de Rome servait d’asile à tous les crimes, bien des endroits de notre bonne ville de Paris possédaient ce singulier privilége. Ainsi: Notre-Dame, où se réfugia Frédégonde, trouvant là un abri contre les poursuites de Gontran, roi d’Orléans, et de Childebert, roi de Metz, qui la demandèrent en vain à l’évêque Raimond pour en faire justice.—Saint-Jacques-la-Boucherie: En 1358, Pierre Macé, garçon changeur, assassina, rue Neuve-Saint-Merry, Jean Baillet, trésorier des finances, puis se réfugia dans l’église Saint-Jacques-la-Boucherie; Charles V ordonna alors à Robert de Clermont, comte de Normandie, d’aller le prendre et de le faire pendre, ce qui fut exécuté. L’évêque de Paris, Jean de Meulan, cria à l’impiété, fit enlever le corps du gibet, et lui fit faire dans cette même église de Saint-Jacques-la-Boucherie de fort belles funérailles:—c’était, on en conviendra, peut-être trop d’honneur pour un pendu. Mais ce qu’il y a de honteux, c’est que, peu de jours après, Robert de Clermont ayant été tué dans une sédition, Jean de Meulan défendit de l’enterrer parmi les fidèles.—L’Hôtel-Dieu: En 1365, Guillaume Charpentier assassina sa femme; des sergents l’ayant arraché de l’Hôtel-Dieu, où il s’était retiré, il porta plainte, et le Parlement, après avoir condamné les sergents à l’amende, le fit rétablir dans son asile.—Le Monastère des Grands-Augustins: Au coin de la rue Pavée et à l’angle formé par l’église des Augustins, on voyait un bas-relief gothique représentant une satisfaction donnée en 1440 aux Grands-Augustins, par des huissiers qui avaient osé arrêter dans leur cloître même un religieux convaincu de crimes scandaleux.—Mais arrêtons-nous, et citons, pour compléter un peu cette note, l’Abbaye de Saint-Antoine, l’église Saint-Merry, les Carmes de la place Maubert, et le Temple, qui servait d’asile aux duellistes et surtout aux débiteurs insolvables: ce fut longtemps encore,—jusqu’à la Révolution,—le seul endroit de Paris où les personnes poursuivies pour dettes n’avaient rien à craindre des huissiers.

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