Note 118 — LE GIBET DE MONTFAUCON
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Claude Le Petit est une personnalité qui tient de trop près à notre sujet pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. C’était un poëte, et quel poëte! et ne pourrait-on vraiment pas mettre ces mots: Portrait du peintre, au-dessous de ce sonnet de sa façon?
LE POÈTE CROTTÉ:
Quand vous verrez un homme, avecque gravité, En chapeau de clabaud, promener sa savate, Et, le col étranglé d’une sale cravate, Marcher arrogamment dessus la chrétienté; Barbu comme un sauvage et jusqu’au cu crotté, D’un haut de chausse noir, sans ceinture et sans patte, Et de quelques lambeaux d’une vieille buratte, En tous temps constamment couvrir sa nudité; Envisager chacun d’un œil hagard et louche, Et, mâchant dans les dents quelque terme farouche, Se ronger jusqu’au sang la corne de ses doigts; Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme, Dites assurément: «C’est un poëte françois!» Si quelqu’un vous dément, je l’irai dire à Rome.
Mais Petit «estoit si fatallement pour la satyre et pour les femmes, qu’il lui estoit aussi impossible de ne point escrire que de ne point chevaucher»; et comme sa vie se passait en débauches et en libertinage, sa poésie était des plus libres et des plus impies, et son B....l céleste, qui renfermait des vers abominables contre la Sainte-Vierge, le conduisit droit à la Grève.
C’est lui dont Boileau a dit:
A la fin tous ces jeux que l’athéisme élève Conduisent tristement le plaisant à la Grève.
A la Grève..., dont Petit s’était bien moqué aussi dans son Paris ridicule.
LA GRÈVE:
Autre sujet de raillerie, Autre matière à camouflet; Invoquons d’un coup de sifflet Le Démon de la Bernerie. A moy, gentil bouffon Momus! Je t’enfonce cet Oremus; Voy de bon œil ma Pasquinade; Exauce mes vers et mes vœux: Si Pégase icy rétrograde, C’est à la Grève que j’en veux! Malheureux espace de terre, Au gibet public consacré; Terrain où l’on a massacré Cent fois plus d’hommes qu’à la guerre; Certes, Grève, après maint délict, Vous estes, pour mourir, un lit Bien commode pour les infâmes, Puisqu’ils n’ont qu’à prendre un bateau, Et, d’un coup d’aviron, leurs âmes S’en vont au Paradis par eau.
On le voit, rien ne lui était sacré, il riait à la potence comme il riait à toute chose, vivant sans plus de crainte de Dieu que de Jean-Guillaume, jusqu’au jour où ce dernier
Prist la peine De danser sur son chien de cou Le petit bransle de Poitou.
Le Bulletin du Bouquiniste, nº 17, 1ᵉʳ septembre 1857; nº 69, 1ᵉʳ novembre 1859; nº 72, 15 décembre 1859; nº 73, 1ᵉʳ janvier 1860; nº 77, 1ᵉʳ mars 1860; nº 78, 15 mars 1860.—Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle, par C. Le Petit, Berthod, Colletet, Scarron, etc. (édit. de P. L. Jacob). 1 vol. in-18.