Note (retour) — LIVRE III
Reading edition
Non que le sexe fort soit aussi dépourvu de sensibilité affective qu'on se plaît à le répéter. Lacordaire écrivait un jour à une amie: «Vous me dites que les hommes vivent d'idées et les femmes de sentiments. Je n'admets pas cette distinction. Les hommes vivent aussi de sentiments, mais de sentiments quelquefois plus hauts que les vôtres; et c'est ce que vous appelez des idées, parce que ces idées embrassent un ordre plus universel que celui auquel vous vous attachez le plus souvent. Chère amie, on ne fait rien sans l'amour ici-bas; et soyez persuadée que, si nous n'avions que des idées, nous serions les plus impuissants du monde 58.» Mais, en général, bien qu'ils ne soient pas insensibles, les hommes n'en sont pas moins personnels et dominateurs. «Leur moi, a dit Mme Necker de Saussure, est plus fort que le nôtre.» La sensibilité des femmes s'épanche tout naturellement en amour. Aimer est le propre de leur coeur. C'est ce qui a fait dire souvent que, si l'amour est pour l'homme la joie de la vie, il est, pour la femme, la vie même. Et la femme y met plus de constance, plus de fidélité. Au lieu que l'homme épuise assez vite le charme d'un attachement, l'affection des femmes croît avec le malheur de celui qu'elles aiment, avec les sacrifices qu'elles lui font et le dévouement qu'elles lui prodiguent.