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Le dernier rapport d'un Européen sur Ghât et les Touareg de l'Aïr

Note 174 — CHAPITRE V

Henri Schirmer translation

Observation de grande importance pour l’histoire des races de l’Afrique dans l’antiquité. En effet, sur un mur du temple de Medinet-Habou, près de Thèbes, on voit Ramsès III amenant devant Ammon et la déesse Moût, parmi d’autres vaincus, les représentants enchaînés des peuplades libyennes de l’ouest, lesquels ont tous, d’un côté de la tête, la longue tresse ou boucle recourbée, tombant sur le cou par-devant l’oreille (de Rougé). De tous les peuples dont les anciens Egyptiens nous ont conservé l’image, ceux-là seuls sont ornés de cette coiffure singulière. D’autre part, nous savons par Hérodote que les Maxyes, une des principales tribus libyennes, avaient coutume de tresser leurs cheveux sur le côté droit de la tête (Histoires, IV, chap. 191), et l’on s’accorde à reconnaître en ces Maxyes la tribu des Machouach, la principale de celles qui, sous Ramsès III, envahirent l’Egypte. La facilité avec laquelle les sons s, z, ch se substituent l’un à l’autre dans les dialectes berbères, avait permis de se demander si ces Machouach, Maxyes, ces barbares de l’Ouest n’étaient pas tout simplement des Mazigh, des Berbères. Et le général Faidherbe remarquait à ce sujet que les Zenaga, restes d’une antique tribu berbère, qui occupait le Sahara occidental au moyen âge, ont conservé l’emploi de la tresse libyenne. D’autre part, la chronique mzabite d’Abou-Zakaria, publiée par M. Masqueray, nous montre le fils de l’imam de la vieille cité berbère de Tahert (Tiaret) occupé à faire tresser ses cheveux par sa sœur. Mais ces indices étaient trop peu nombreux pour qu’on en pût tirer une conclusion positive.

Jusqu’ici, on n’avait pu constater chez les Touareg la survivance d’une pareille coutume. L’observation d’Erwin de Bary, suivie d’une autre plus précise (voir le 6 juin), prend d’autant plus d’importance que les Kel-Fadé sont une des tribus touareg chez qui la pureté de la race n’a pas été altérée (Barth, I, p. 384). Erwin de Bary a vu un peu plus tard (13 août) des Ifoghas d’Es-Souk coiffés de même. Or, Es-Souk (Tadmekka), au nord-est du coude du Niger, est désignée comme un des endroits où les Touareg étaient primitivement établis. Il est assurément significatif de voir que l’usage de la tresse libyenne s’est conservé précisément chez les tribus touareg restées en place, ou indemnes de toute intrusion de sang étranger.

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