Note (retour) — LE CABINET DES FEES (continued 3)
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"Une nuit qu'elle s'était un peu assoupie, elle vit, en se réveillant, une petite vieille, laide et décrépite, assise dans un fauteuil au chevet de son lit. Elle était surprise que ses femmes eussent laissé approcher si près d'elle une inconnue, lorsqu'elle lui dit: "Nous trouvons ta majesté bien importune de vouloir avec tant d'opiniâtreté manger de nos fruits; mais puisqu'il y va de ta précieuse vie, mes soeurs et moi consentons à t'en donner tant que tu pourras en emporter, et tant que tu resteras ici, pourvu que tu nous fasses un don.--Ah! ma bonne mère, s'écria la reine, parlez, je vous donne mes royaumes, mon coeur, mon âme, pourvu que j'aie des fruits; je ne saurais les acheter trop cher.--Nous voulons, dit-elle, que ta majesté nous donne ta fille, dès qu'elle sera née, nous la viendrons quérir; elle sera nourrie parmi nous; il n'y a point de vertus, de beautés, de sciences, dont nous ne la douions: en un mot, ce sera notre enfant, nous la rendrons heureuse; mais observe que ta majesté ne la reverra plus qu'elle ne soit mariée. Si la proposition t'agrée, 16 je vais tout à l'heure te guérir et te mener dans nos vergers; malgré la nuit, tu verras assez clair pour choisir ce que tu voudras. Si ce que je te dis ne te plaît pas, bonsoir, madame la reine, je vais dormir.--Quelque rude que soit la loi que vous m'imposez, répondit la reine, je l'accepte plutôt que de mourir; car il est certain que je n'ai pas un jour à vivre: ainsi je perdrais mon enfant en me perdant. Guérissez-moi, savante fée, continua-t-elle, et ne me laissez pas un moment sans jouir du privilége que vous venez de m'accorder."