Note 1 — II MATÉRIALISME, SPIRITUALISME, PSYCHOPHYSIQUE
Reading edition
Il règne, en général, beaucoup d'arbitraire et de confusion dans les dénominations des systèmes, et il serait vraiment désirable que l'on réformât, sous ce rapport, le langage philosophique. Voici un exemple de terminologie qu'on pourrait adopter, sous réserve, naturellement, de désignations plus justes. Les systèmes philosophiques qui conduisent à la négation de l'un des deux principes appartiendraient au monisme, les autres au dualisme ou à l'unicisme (panthéisme sous toutes ses formes). Le monisme se diviserait en deux classes: les systèmes matérialistes qui, n'admettant que la matière ou lui attribuant un rôle prépondérant, expliquent tout par elle (en faisant de l'esprit une tabula rasa)—et les systèmes spiritualistes, qui n'admettent que l'esprit, ou lui donnent une importance considérable (en regardant la matière comme inerte). Ceux qui mettent à peu près sur la même ligne l'esprit et le corps pourraient porter le nom d'harmonistes. Au point de vue de l'origine de nos connaissances, ceux qui soutiennent qu'elles nous viennent des choses s'appelleraient réalistes, et ceux qui pensent que nous les tirons de nous-mêmes (idées innées) seraient dits idéalistes; ceux qui admettent pour nos idées une double origine seraient appelés synthétistes. Enfin, au point de vue de la méthode, il y aurait des empiristes, se contentant de l'observation, soit externe, soit interne; des spéculatifs, s'adressant uniquement à la raison, à l'intuition intellectuelle (Fichte, Schelling, Hegel, etc.); des dialectistes, classant les faits fournis par l'observation, remontant à des faits plus généraux, puis aux principes et aux causes (la plupart des psychologistes français du commencement du siècle, ainsi que Socrate, Platon, Aristote lui-même). Actuellement, on appelle spiritualisme la doctrine qui admet l'existence de l'esprit; mais il n'existe pas de nom pour désigner celle qui nie l'existence des corps. Et puis, au fond, qui nie l'existence de l'esprit? Ce n'est ni Aristote, ni Locke, ni Condillac, ni d'Holbach, ni Vogt, ni Büchner. Si donc, on veut des noms génériques, il faut avant tout s'entendre sur leur signification.