Note 39 — X
Reading edition
Si Stieber s’était trouvé au milieu des Bavarois à Bazeilles, il n’aurait certes pas vanté la « nature débonnaire du caractère allemand ». Parmi les vingt témoignages recueillis sur les lieux mêmes et de la bouche des Bazeillais, par M. Georges Bastard, il suffira de citer celui-ci pour édifier le lecteur sur la façon dont « l’Allemand débonnaire » fait la guerre :
« Rémy père, — c’est l’un des noms qui figurent sur le monument commémoratif — :
« Mon fils Élisée étant malade d’une pleurésie qui le contraignait à garder le lit depuis deux mois, nous n’avons pu, comme la plupart, fuir à l’approche de l’ennemi. Bazeilles venait d’être occupé, le premier jour, et le feu commençait à dévorer les maisons. Le lendemain, ce fut le tour de notre habitation. Au moment où les flammes atteignaient la toiture, un officier bavarois se présenta sur le seuil de notre chambre, la face contractée, le sabre au poing et le revolver de l’autre. N’écoutant ni les cris, ni la douleur, ni les prières de ma bru, qui se tenait suppliante et tout en larmes au pied du lit, avec son enfant dans les bras, il fit feu sur lui deux fois, à bout portant. L’arme encore fumante, il se retira, laissant pour mort mon cher Élisée, qui, quinze jours après, succombait à ses deux blessures, une balle au menton et l’autre à la main droite.
« Ces faits, dit Rémy, m’ont été rapportés par ma belle-fille, peu d’instants après l’événement, lorsque, au retour d’une courte absence que j’avais faite afin de chercher mes ouvriers, j’accourais pour sauver son mari de l’incendie. Pendant que je le transportais au château de Montvilliers, avec l’aide de Bertrand, de Henri, de Noël et d’Eugène Liégeois, je fus alors fait prisonnier, ainsi que mes compagnons. Nous supportâmes les plus durs traitements. Frappé pour ma part, bousculé indignement, lié à l’étroit, je fus finalement condamné à être passé par les armes. Les soldats m’avaient déjà dépouillé du peu que j’avais sur moi, quand apparut un chef qui leur intima l’ordre de me laisser libre. Bref, je m’alitai, après être parvenu à retrouver ma pauvre femme, qui, elle, avait été arrêtée, conduite par une troupe barbare, traitée de la façon la plus ignoble, et sur le point de subir les derniers outrages. »