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La jeune Inde

Note 71 — DÉMOCRATIE CONTRE «MOBOCRATIE»[70]

Hélène Hart translation

M. Gandhi écrit dans la Jeune Inde du 27 octobre 1920 sous le titre «Notre dernier voyage».—Mon expérience s’enrichit tellement à chacun de mes voyages qu’il m’est difficile d’en donner au lecteur un compte rendu régulier. Il faut donc que je me contente d’ajouter à notre fonds en parlant de la nécessité de la discipline et de l’organisation. J’ai déjà raconté nos expériences jusqu’au voyage à Cawnpore. J’appréhendais notre arrivée... Les dispositions prises à la gare ne laissaient rien à désirer. Une foule énorme était venue à notre rencontre, mais la discipline était si parfaite que nous pûmes passer entre deux rangées serrées d’hommes sans qu’un seul bougeât avant que nous ayons pris place dans les automobiles. Ce qui aurait pu nous faire perdre une demi-heure prit cinq minutes. Le cortège avait été heureusement supprimé. Le programme de la journée était organisé avec autant de méthode que la réception à la gare. Nous étions arrivés à huit heures et n’avions qu’une journée à notre disposition, mais dans cet intervalle, il nous fut possible d’assister à une réunion des travailleurs, d’avoir une entrevue personnelle avec M. Frazier Hunt du Chicago Tribune, de nous rendre au Home pour les Veuves, d’inaugurer l’Ecole nationale de Gujerati, d’assister à une réunion des dames du Gujerat, d’inaugurer un tribunal national d’arbitrage, d’assister à une réunion en plein air et enfin de causer avec les visiteurs. Tout cela eut lieu sans précipitation et sans fatigue inutile. Il y eut un peu de confusion tout d’abord à la réunion en plein air. Nous apprîmes qu’aucun ordre n’avait été donné aux volontaires, mais après quelque difficulté un silence parfait régna, et l’auditoire écouta dans le silence le plus absolu trois solides discours. Je suis convaincu que dès que nous serons organisés le «Swaraj» sera établi. Dans un pays comme le nôtre il suffit du refus organisé de nous laisser gouverner par une puissance étrangère... Le voyage de nuit jusqu’à Bhiwani ne nous laissa pas une seconde de repos. La foule insista pour que nous nous montrions. Quelqu’un fit entendre que les «Mahatmas» n’avaient pas besoin de repos et que c’était leur devoir de se montrer. Certains devinrent positivement furieux parce que nous refusâmes énergiquement de nous lever. Un autre fit la remarque qu’il était très imprudent de notre part de ne pas respecter le désir du peuple en nous levant pour nous laisser voir. Enfin, n’ayant pas dormi nous atteignîmes Bhiwani. Environ 40.000 personnes étaient venues des villages d’alentour. Je craignais que nous ne fussions complètement écrasés mais à mon agréable surprise l’ordre fut parfait. Ni bousculade ni allées et venues inutiles et bruyantes à la gare, chacun resta à sa place. La procession s’organisa sans difficulté malgré une foule compacte. L’ordre au Pandal fut encore plus remarquable. C’était une immense construction sans aucune prétention artistique. Il n’y avait pas de chaises même pour le Président. Les visiteurs de marque étaient assis sur une estrade massive et pratique construite au centre du Pandal. Bien qu’il y eût plus de douze mille personnes, le Pandal semblait spacieux. On y accédait par de larges voies. Le sol était creusé de façon à s’incliner vers le centre. Il était possible à tous de voir sans difficulté. Ma seule remarque c’est que le demi-cercle est préférable, aucune place ne devant se trouver derrière l’estrade...

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