Note 11 — CHAPITRE V
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La peste, d'après les théories actuelles, vient de la terre, et ce sont les rats qui sont les premiers atteints. Le rat mort, les puces qu'il nourrissait le quittent et vont porter la peste aux humains.
Cette maladie a deux caractères: elle est bubonique et donne au patient des bubons aux aines et sous les bras; ou bien pneumonique. Cette dernière forme est la plus grave.
Elle se déclare généralement au printemps et a vite atteint une grande intensité épidémique. En 1902, à Long-Tcheou, j'ai vu mourir des familles entières de dix personnes en une seule journée; le docteur du Consulat, Dr Gaymard, a réussi à sauver, avec le sérum Yersin, quelques malades pris à temps, et l'inoculation préventive faite sur nos domestiques les a tous préservés. J'ai constaté, en accompagnant le docteur, sur les morts, d'énormes boules de sang coagulé qui se formaient sur la tête, et, quand on les perçait, il en sortait un liquide noirâtre.
L'hiver n'empêche pas l'éclosion de la maladie; seule la grosse chaleur en a raison. A l'heure où j'écris ces lignes, il y a une fort violente épidémie de peste en Mandchourie, et cependant, dans ce pays, le thermomètre descend jusqu'à - 20° au-dessous de zéro.
En Chine, la peste a pris naissance au Yunnan dans les années quatre-vingts (de 1885 à 1889), à Mong-Tseu principalement. De là, elle a gagné Canton et Hong-Kong, puis les différents ports du Nord. Elle s'est dirigée ensuite vers Bombay, où elle a été terrible, et a gagné l'Indo-Chine et la Birmanie. Chose curieuse, depuis qu'elle a atteint tout l'Extrême-Orient, le Yunnan, d'où elle est sortie, en est à peu près indemne.
Rarement les Européens contractent cette maladie; cependant, il y a quatre ans, j'ai vu un missionnaire français, le P. de Chirac, des Missions Étrangères, souffrir, à Rangoon, de la peste sous ses deux formes: bubonique et pneumonique. Il guérit à la profonde stupéfaction de tous, car ceux qui en reviennent sont bien rares.