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La fille du capitaine

Note (retour) — DU CAPITAINE

Louis Viardot translation · Edition 2

Ma première idée fut la peur que mon père ne se fâchât de mon retour involontaire sous le toit de la famille, et ne l'attribuât à une désobéissance calculée. Inquiet, je sors de ma kibitka, et je vois ma mère venir à ma rencontre avec un air de profonde tristesse. «Ne fais pas de bruit, me dit-elle; ton père est à l'agonie et désire te dire adieu.» Frappé d'effroi, j'entre à sa suite dans la chambre à coucher. Je regarde; l'appartement est à peine éclairé. Près du lit se tiennent des gens à la figure triste et abattue. Je m'approche sur la pointe du pied. Ma mère soulève le rideau et dit: «André Pétrovitch, Pétroucha est de retour; il est revenu en apprenant ta maladie. Donne-lui ta bénédiction.» Je me mets à genoux et j'attache mes regards sur le mourant. Mais quoi! au lieu de mon père, j'aperçois dans le lit un paysan à barbe noire, qui me regarde d'un air de gaieté. Plein de surprise, je me tourne vers ma mère: «Qu'est-se que cela veut dire? m'écriai-je; ce n'est pas mon père. Pourquoi veux-tu que je demande sa bénédiction à ce paysan?--C'est la même chose, Pétroucha, répondit ma mère; celui-là est ton père assis 15; baise-lui la main et qu'il te bénisse.» Je ne voulais pas y consentir. Alors le paysan s'élança du lit, tira vivement sa hache de sa ceinture et se mit à la brandir en tous sens. Je voulus m'enfuir, mais je ne le pus pas. La chambre se remplissait de cadavres. Je trébuchais contre eux; mes pieds glissaient dans des mares de sang. Le terrible paysan m'appelait avec douceur en me disant: «Ne crains rien, approche, viens que je te bénisse». L'effroi et la stupeur s'étaient emparés de moi...

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