Note (retour) — DU CAPITAINE (continued 2)
Louis Viardot translation · Edition 2
«Dieu a voulu me priver tout à coup de mon père et de ma mère. Je n'ai plus sur la terre ni parents ni protecteurs. J'ai recours à vous, parce que je sais que vous m'avez toujours voulu du bien, et que vous êtes toujours prêt à secourir ceux qui souffrent. Je prie Dieu que cette lettre puisse parvenir jusqu'à vous. Maximitch m'a promis de vous la faire parvenir. Palachka a ouï dire aussi à Maximitch qu'il vous voit souvent de loin dans les sorties, et que vous ne vous ménagez pas, sans penser à ceux qui prient Dieu pour vous avec des larmes. Je suis restée longtemps malade, et lorsque enfin j'ai été guérie, Alexéi Ivanitch, qui commande ici à la place de feu mon père, a forcé le père Garasim de me remettre entre ses mains, en lui faisant peur de Pougatcheff. Je vis sous sa garde dans notre maison. Alexéi Ivanitch me force à l'épouser. Il dit qu'il m'a sauvé la vie en ne découvrant pas la ruse d'Akoulina Pamphilovna quand elle m'a fait passer près des brigands pour sa nièce; mais il me serait plus facile de mourir que de devenir la femme d'un homme comme Chvabrine. Il me traite avec beaucoup de cruauté, et menace, si je ne change pas d'avis, si je ne consens pas à ses propositions, de me conduire dans le camp du bandit, où j'aurai le sort d'Élisabeth Kharloff 55. J'ai prié Alexéi Ivanitch de me donner quelque temps pour réfléchir. Il m'a accordé trois jours; si, après trois jours, je ne deviens pas sa femme, je n'aurai plus de ménagement à attendre. Ô mon père Piôtr Andréitch, vous êtes mon seul protecteur. Défendez-moi, pauvre fille. Suppliez le général et tous vos chefs de nous envoyer du secours aussitôt que possible, et venez vous-même si vous le pouvez. Je reste votre orpheline soumise,