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La culture des idées

Note (retour) — V UNE RELIGION D'ART

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L'art catholique, l'art du moyen âge fut-il, autant que le pense M. Huysmans, autant qu'il a cru le découvrir, minutieusement subjugué par les règles, ou plutôt par les usages de la symbolique? Cela semble inadmissible. On concédera difficilement que Fra Angelico n'employa pas de brun dans son Couronnement parce que cette couleur, «composée de noir et de rouge, de fumée obscurcissant le feu divin,» est satanique; pas de violet, pas de gris, pas d'orangé: parce que le violet dit le deuil; le gris, la tiédeur; l'orangé, le mensonge. L'abstention du peintre trouverait sans doute des explications moins extraordinaires. Et si les nefs de Bourges sont au nombre de cinq et celles d'Anvers au nombre de sept, est-ce vraiment en l'honneur des Cinq Plaies ou en l'honneur des Sept Dons du Paraclet? Que, dans la disposition la plus ordinaire, trois nefs et un triple portail, il y ait une allusion à la Trinité, c'est moins invraisemblable, quoique rien ne le certifie; mais que l'on ajoute des détails sur la symbolique du toit, des ardoises et des tuiles; qu'on nous affirme que, d'après Hugues de Saint-Victor, l'assemblage des pierres d'une cathédrale signifie le mélange des laïques et des clercs, nous avons plutôt envie de sourire que de nous compoindre, et, par surcroît, nous serons presque indignés que l'on choisisse l'occasion d'une citation presque absurde pour écrire le nom du plus original et du plus grand des mystiques du moyen âge34. En toute cette symbolique de la cathédrale, M. Huysmans ne fait qu'une rapide allusion à la basilique, et passe. Cependant la cathédrale gothique, par l'intermédiaire de l'art romain, est certainement née de la basilique, au moins de la basilique syrienne, dont les plans furent très anciennement connus et imités en Gaule. Si les cathédrales sont le développement des basiliques, monuments auxquels la symbolique ne peut s'adapter, il s'en suit que la symbolique est postérieure aux églises; qu'elle peut en donner une explication quelquefois curieuse, mais jamais certaine. Il en est naturellement de même pour ce qu'on appelle le mobilier religieux, dont l'origine est antérieure au christianisme. On aurait bien surpris les martyrs qui refusaient d'encenser les idoles en leur disant que l'encensoir deviendrait un instrument pieux. Peut-être que la signification symbolique départie à ces accessoires du culte fut une sorte de baptême conféré à des objets depuis longtemps en usage dans les cérémonies liturgiques des anciennes religions. On sait qu'une lampe brûlait perpétuellement, dans certains temples, dans ceux de Minerve, d'Apollon, de Jupiter Ammon; et déjà l'huile devait être pure et tirée des seules olives. La lampe éternelle était alors le symbole du feu ou du soleil; elle ne parle pas plus clairement aujourd'hui. Les prêtres d'Isis portaient la tonsure en couronne, comme les plus anciens moines; on distribuait du pain bénit au nom de Minerve, qui, comme Diane, protégeait des confréries de jeunes filles, des Enfants de Marie. Il ne serait pas sans intérêt d'étudier ces transpositions et cela vaudrait peut-être mieux que d'accepter, sans les expliquer, les opinions de Méliton ou de Durand de Mende35.

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