← Table of contents
La culture des idées

Note (retour) — V UNE RELIGION D'ART

Reading edition

Je me souviens de n'avoir pu voir sans émotion ce que les calvinistes de Hollande ont fait de leurs cathédrales. Tous ceux qui sont entrés à Saint-Laurent de Rotterdam savent que le christianisme, dès qu'il prétend à retourner à la simplicité évangélique, se complaît, non dans l'austérité, mais dans la banalité: une salle de conférences à vitres et à gradins, voilà ce que les Barbares prétendaient faire de Notre-Dame de Chartres. L'idéal chrétien, en architecture, est tout pareil à l'idéal démocratique: c'est le groupe scolaire, et ni l'une ni l'autre de ces inspirations n'est capable de produire un bâtiment égal en beauté à la grange où, au XIIIe siècle, les cisterciens de Lisseweghe serraient leurs moissons33. Il est d'ailleurs fréquent que les abbayes cisterciennes soient, au contraire, d'une nudité presque désolée. Saint Bernard, en réformant l'ordre de Cîteaux, qui est devenu la Trappe, n'eut aucunement l'intention de permettre le déploiement de grandioses architectures; fidèle en cela au pur esprit évangélique, il réprouva le luxe et méprisa l'art, comme plus tard saint François d'Assise. Chaque fois que le christianisme, par les moines ou par les révolutionnaires, voulut s'astreindre à plus de conformité avec l'enseignement apostolique, il dut rejeter tout ce qu'il y avait de païen, de beau et, par conséquent, de sensuel dans la religion romaine. Il n'y a pas d'art chrétien; les deux mots sont contradictoires, et voilà pourquoi, même en un livre presque de dévotion, si l'on parle de peinture, il faut prendre garde que même la «symbolique des tons» ne préserva pas l'Angelico d'être avant tout un peintre, un homme qui aime la couleur et les formes, un homme dont les yeux se réjouissent à la vue de la beauté.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings