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La culture des idées

Note (retour) — V UNE RELIGION D'ART

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Littéraire, car il ne s'agit même pas de supposer légitime le droit unique à la vérité absolue qu'une religion proclame. Il ne s'agit pas de vérité. En Grèce, la vraie religion était la religion des temples. En France, la vraie religion est la religion des clochers. Autour du clocher sous lequel on prie, les danses lupercales signifient que les dieux n'ont cédé au Christ que la moitié de leur royaume. Un jeune poète catholique a appelé la sainte Vierge «cette belle nymphe», voilà la vraie tradition du catholicisme populaire. Aucune religion n'est jamais morte, ni ne mourra jamais; celle dont le nom s'abolit revit dans celle qui resplendit au grand jour. En plusieurs temples d'Italie, on ne prit même pas le soin, au Ve siècle, de changer les statues vénérées, et Déméter nourrice devint tout naturellement une Vierge à l'enfant30: en quelques autres, même en Gaule, on garda le nom du dieu avec la statue de jadis et le culte, changé dans la croyance des prêtres, demeura immuable dans la croyance du peuple. Vénus est toujours aimée sous le vocable de sainte Venise, que l'imagerie représente toute nue avec seulement un ruban autour des reins31. Exemple admirable de la persévérance du peuple! Ozanam a parfaitement démontré qu'au moment où, par un coup d'État, le christianisme devint la religion officielle de l'Empire, le paganisme était encore plein de force et de vie; de là son influence sur la religion nouvelle qui, ne pouvant le détruire, l'absorba sans même le transformer. Cependant, dès les premiers siècles, il y eut dans l'Église un parti très opposé à ce qu'on appelait, sans en comprendre l'importance, les superstitions populaires; c'était le parti évangélique, qui ne devait entièrement triompher, dans l'Europe du Nord, qu'avec la Réforme32.

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