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Un mois à peine après la réunion du saint Graal, circonstance sur laquelle Trenck a gardé le plus profond secret dans ses Mémoires, il avait été repris et enfermé à Magdebourg, où il consuma les dix plus belles années de sa jeunesse, dans un cachot affreux, assis sur une pierre qui portait son épitaphe anticipée: Ci-gît Trenck, et chargé de quatre-vingts livres de fers. Tout le monde connaît cette célèbre infortune, les circonstances odieuses qui l'accompagnèrent, telles que les angoisses de la faim qu'on lui fit subir pendant dix-huit mois, et le soin de faire bâtir une prison pour lui aux frais de sa sœur, pour punir celle-ci, en la ruinant, de lui avoir donné asile; ses miraculeuses tentatives d'évasion, l'incroyable énergie qui ne l'abandonna jamais et que déjouèrent ses imprudences chevaleresques; ses travaux d'art dans la prison, les merveilleuses ciselures qu'il vint à bout de faire avec une pointe de clou sur des gobelets d'étain, et dont les sujets allégoriques et les devises en vers sont si profondes et si touchantes16; enfin, ses relations secrètes, en dépit de tout, avec la princesse Amélie de Prusse; le désespoir où celle-ci se consuma, le soin qu'elle prit de s'enlaidir avec une liqueur corrosive qui lui fit presque perdre la vue, l'état déplorable où elle réduisit volontairement sa propre santé afin d'échapper à la nécessité du mariage, la révolution affreuse qui s'opéra dans son caractère: enfin, ces dix années de désolation qui firent de Trenck un martyr, et de son illustre amante une femme vieille, laide et méchante, au lieu d'un ange de douceur et de beauté qu'elle avait été naguère et qu'elle eût pu continuer d'être dans le bonheur17. Tout cela est historique, mais on ne s'en est pas assez souvenu quand on a tracé le portrait de Fréderic le Grand. Ce crime, accompagné de cruautés gratuites et raffinées, est une tache ineffaçable à la mémoire du despote philosophe.