Note 256 — «NOS PÈRES NOUS ONT DIT» (continued 3)
Marcel Proust translation
Généralement les prophéties sont écrites sur des banderoles au lieu d'être figurées comme à Amiens dans des bas-reliefs. Pour compléter par des images ruskiniennes, le tableau que donne ici Ruskin, nous cesserons de citer uniquement M. Male et nous rapprocherons les prophéties figurées à Amiens, des prophéties inscrites au baptistère de Saint-Marc. On sait que ces mosaïques sont décrites dans Saint Mark's Rest au chapitre Sanctus, Sanctus, Sanctus. Et le baptistère de Saint-Marc, dont l'éblouissante fraîcheur est si douce à Venise pendant les après-midi brûlants, est à sa manière une sorte de Saint des Saints ruskinien. M. Collingwood, le disciple préféré de Ruskin, a qui nous devons, en somme, le plus beau livre qui ait été écrit sur lui, a dit que le Repos de Saint-Marc était aux Pierres de Venise ce que la Bible d'Amiens était aux Sept Lampes de l'architecture. Je pense qu'il veut dire par là que le sujet de l'un et de l'autre a été choisi par Ruskin comme un exemple historique, destiné à illustrer les lois édictées dans ses livres de théorie. C'est le moment où, comme aurait dit Alphonse Daudet, «le professeur va au tableau». Et, en effet, par bien des points rien ne ressemble plus à la Bible d'Amiens que cet Évangile de Venise. Mais le Repos de Saint-Marc n'est déjà plus du meilleur Ruskin. Il dit lui-même, de façon touchante dans le chapitre: The Requiem, cité plus haut: «Passons à l'autre dôme qui est plus sombre. Plus sombre et très sombre; pour mes vieux yeux à peine déchiffrable; pour les vôtres s'ils sont jeunes et brillants, cela doit être très beau, car c'est l'origine de tous ces fonds dorés de Bellini, Cima, Carpaccio, etc.» Mais c'est tout de même pour essayer de voir ce qu'avaient vu ces «vieux yeux» que nous allions tous les jours nous enfermer dans ce baptistère éclatant et obscur. Et nous pouvons dire d'eux comme il disait des yeux de Turner: «C'est par ces yeux, éteints à jamais que des générations qui ne sont pas encore nées verront les couleurs.» (Note du Traducteur.)