Note 309 — «NOS PÈRES NOUS ONT DIT» (continued 3)
Marcel Proust translation
L'origine la plus authentique de la théorie du Purgatoire dans l'enseignement donné par l'art, se trouve dans les interprétations postérieures au XIIIe siècle, du verset: «par lequel aussi Il alla et prêcha parmi les âmes en prison», se transformant graduellement en l'idée de la délivrance, pour les saints dans l'attente, de la puissance du tombeau.
En littérature et en tradition, l'idée est à l'origine, je crois, Platonicienne, certainement pas Homérique, Égyptienne c'est possible, mais je n'ai encore rien lu des récentes découvertes faites en Égypte. N'aimant cependant pas laisser le sujet dans le dénuement absolu de mes propres ressources, j'ai fait appel à mon investigateur général M. Anderson (James R.) qui m'écrit ce qui suit:
»Il ne peut pas être question de la doctrine ni de son acceptation universelle, des siècles avant le Dante, il en est fait mention cependant d'une façon assez curieuse dans le Summa theologiæ, comme nous l'avons dans une version plus récente; mais je trouve par des références que saint Thomas l'enseigne ailleurs. Albertus Magnus la développe en grand, Si vous vous reportez à la Légende Dorée, au Jour de toutes les Âmes, vous y verrez comment l'idée est prise comme lieu commun dans un ouvrage destiné au peuple au XIIIe siècle. Saint Grégoire (le Pape) la soutient (Dial, IV, 38), dans deux citations scripturaires: (1), le péché qui n'est pardonné ni «in hoc seculo ni dans celui qui est à venir», (2) le feu qui éprouvera chaque œuvre de l'homme. Je pense que la philosophie Platonicienne et les mystères grecs doivent avoir eu fort à faire pour faire passer l'idée au début; mais chez eux—comme chez Virgile—elle faisait partie de la vision orientale de la circulation d'un fleuve de vie, dont quelques gouttes seulement étaient jetées par intervalle dans un Élysée permanent et défini ou dans un enfer permanent et défini. Cela s'accorde mieux avec cette théorie que ne le fait le système chrétien qui attache finalement dans tous les cas, une importance infinie aux résultats de la vie «in hoc seculo».
«Connaissez-vous une représentation du Ciel ou de l'Enfer qui ne soit pas liée au Jugement dernier, je ne m'en rappelle aucune, et comme le Purgatoire est à ce moment-là passé, cela expliquerait l'absence de tableaux le représentant.
«En outre le Purgatoire précède la Résurrection—il y a débat continuel entre les théologiens pour savoir quelle sorte de feu il peut y avoir au Purgatoire, qui puisse affecter l'âne sans toucher au corps.—Peut-être que le Ciel et l'Enfer—comme opposés au Purgatoire, parurent propres à être peints parce ils ne comportent pas seulement la représentation d'âmes mais aussi de corps s'élevant.
«Dans le récit de Bede de la vision du prophète Ayrshire, il est question du Purgatoire en termes très semblables à ceux de Dante dans la description du second cercle de tourbillons de l'Enfer; et l'ange qui finalement sauve l'Écossais du démon vient à travers l'Enfer, «quasi fulgor stellæ micantis inter tenebras» «que sul presso del mattino Per gli grossi vapor Marte rosseggia.» Le nom de Bede fut grand au moyen âge. Dante le rencontre dans le Ciel, et, j'aime à l'espérer, peut avoir été aidé par la vision de mon compatriote qui vivait plus de six cents ans avant lui.—(Note de l'Auteur.)