← Table of contents
L'homme né de la guerre

Note 25 — CHAPITRE X

Reading edition

Je reçus en réponse le numéro du 26 juin de la Semaine Religieuse de Fréjus qui contenait un bel article écrit à la mémoire de Dupouey par son confesseur. Ce sera l’aliment de ma fidélité. J’en détache pour le lecteur une partie du discours prononcé par l’aumônier du 1er régiment marin, au cimetière de Coxyde. En m’envoyant ces admirables pages, Mme Dupouey ajoutait : « Que deviennent maintenant ceux dont le cœur est sans espérance ? » Mais écoutez l’abbé P… : « Oui, mes frères, c’est vrai ! Dieu seul est grand ! Mais au-dessous de cette grandeur unique et incomparable, ce qui s’en rapproche le plus, ce qui le plus en donne l’idée, non ! ce n’est pas, nous l’accordons à l’orateur sacré, non, ce n’est pas la puissance et la magnificence royale, c’est un grand cœur, c’est une grande âme d’homme et de chrétien ! Voilà pourquoi devant ce cercueil, étreints tous de cette émotion virile que nul hommage ne vaut, nous nous inclinons comme devant une majesté.

« Je l’atteste pour l’avoir su : celui dont la dépouille s’en va dans ce drapeau n’eut rien de petit ; il était grand, il avait les qualités solides et les brillantes, et cette autre : qu’il savait les ignorer.

« Il possédait ces noblesses qui donnent du prix à la vie : l’esprit, les connaissances, le talent, le goût, l’autorité, l’honneur, et il n’en faisait pas de cas, ou du moins n’y voyait-il que des degrés ou des paliers dans une ascension qui les dépasse.

« Il était de ceux qui croient aux trois ordres comme Pascal : celui de la matière qui toute ne vaut pas une seule pensée, de toutes les pensées qui ne valent pas réunies un acte de charité pure.

« Dupouey disait de la France : « Nous lui referons une âme. Nous lui redonnerons toutes ses intégrités, même si nous mourons, oui ! surtout si nous mourons ! Quelle splendide et inespérée occasion de mourir, quels chanceux nous sommes ! Nous mourrons peut-être debout. — Mon ami, mon ami ! quelle grâce ! penser qu’on va au ciel et mourir pour la France ! »

« Il me parlait ainsi, ajoute l’aumônier, à la sortie de la messe où il avait communié et qu’il m’avait servie. L’Église honore la dépouille mortelle de tous ses enfants sur qui a coulé l’eau du baptême, en qui est descendue l’hostie des communions, mais rarement je vis avec plus d’émotion les cierges brûler autour d’un cercueil ; rarement j’aurai, avec plus de foi respectueuse, entouré un corps humain des honneurs de l’encensement. »

Il rapporte ensuite l’enthousiasme de Dupouey à la pensée de fêter Pâques et il conclut en termes magnifiques :

« Votre mort, ô chrétien, passe votre espérance. Ce n’est pas sous la voûte éventrée de l’église d’Oost-Dunkerque ou devant notre pauvre autel des dunes, c’est dans le ciel même, aux pieds du Divin Ressuscité, contemplé face à face et vu tel qu’il est, que votre âme s’envolant avec les cloches a chanté nos belles hymnes.

« Mais je veux que votre corps lui-même, à vous mort d’une mort vraiment pascale, participe à cette joie et que, sous cette gloire du drapeau, vos oreilles mortelles entendent le message triomphal. « Jésus, notre espoir est ressuscité ! Nous le verrons en Galilée ! Surrexit Christus, spes mea, videmus eum in Galilea », c’est la vérité, le Christ est ressuscité d’entre les morts, nous le savons, nous l’avons vu ! Scimus Christum surrexisse a mortuis vere !

« Que tout dans cette fête, la plus sainte de toutes, soit à la louange et à la jubilation. Béni, béni soit le Seigneur ! In hoc festo sanctissimo sit laus et jubilatio ! Benedicamus Domino ! Alleluia ! »

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings