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Kaspar Hauser

Note 28 — V.

Reading edition

On ajute à ces raisonnemens les fameuses expériences de Chéselden. Le jeune homme à qui cet habile Chirurgien abbaissa les cataractes, ne distingua de longtems ni grandeurs, ni distances, ni situations, ni même figures. Un objet d'un pouce mis devant son oeil, et qui lui cachoit une maison, lui paroissoit aussi grand que la maison. Il avoit tous les objets sur les yeux, et ils lui sembloient appliqués à cet organe, comme les objets du tact le sont à la peau. Il ne pouvoit distinguer ce qu'il avoit jugé ronde à l'aide de ses mains, d'avec ce qu'il avoit jugé angulaire; ni discerner avec les yeux, si ce qu'il avoit senti être en haut ou en bas, étoit en effet en haut ou en bas. Il parvint, mais ce ne fut pas sans peine, à apercevoir que sa maison étoit plus grande que sa chambre, mais nullement à concevoir comment l'oeil pouvoit lui donner cette idée. Il lui fallut un grand nombre d' expériences réiterées, pour s'assurer que la peinture représentoit des corps solides; et quand il se fut bien convaincu, à force de regarder des tableaux, que ce n'étoient point des surfaces seulement qu' il voyoit, il y porta la main, et fut bien étonné de ne rencontrer qu' un plan uni et sans aucune saillie: il demanda alors quel étoit le trompeur du sens du toucher ou du sens de la vue. Au reste la peinture fit le même effet sur les sauvages, la première fois qu' ils en virent: ils prirent des figures peintes pour des hommes vivans, les interrogèrent, et furent tout surpris de n'en recevoir aucune réponse: cet erreur ne venoit certainement pas en eux du peu d' habitude de voir.

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