Note (retour) — Front matter
François Guizot translation
BRUTUS.—Nos procédés25 paraîtront bien sanguinaires, Caïus Cassius, si après avoir abattu la tête nous mettons ensuite les membres en pièces, comme le fait la colère en donnant la mort, et la haine après l'avoir donnée; car Antoine n'est qu'un membre de César. Soyons des sacrificateurs et non des bouchers, Cassius. C'est contre l'esprit de César que nous nous élevons tous: dans l'esprit de l'homme il n'y a point de sang. Oh! si nous pouvions atteindre à l'esprit de César sans déchirer César! Mais, hélas! pour cela il faut que le sang de César coule; mes bons amis, tuons-le hardiment, mais non avec rage: dépeçons la victime comme un mets propre aux dieux, ne la mettons pas en lambeaux comme une carcasse bonne à être jetée aux chiens. Que nos coeurs soient semblables à ces maîtres habiles qui commandent à leurs serviteurs un acte de violence, et semblent ensuite les en réprimander. Alors notre action semblera naître de la nécessité, et non de la haine; et lorsqu'elle paraîtra telle aux yeux du peuple, nous serons nommés des purificateurs, non des assassins. Quant à Marc-Antoine, ne songez point à lui: il ne peut rien de plus que ne pourra le bras de César, quand la tête de César sera tombée.