Note (retour) — SERGENT FRICASSE
Reading edition
En un temps où l'avancement était si rapide, il ne fut pas de plus humble carrière que celle de notre héros, et c'est précisément ce qui m'a intéressé dans une oeuvre que ne recommande, il faut le dire, aucune séduction littéraire; elle est simple comme le carnet d'un soldat citoyen qui remplit son devoir complètement et modestement. De 1792 à 1802, il fait campagne chaque année: avec l'armée de Sambre-et-Meuse, il protège nos places du Nord et fait son entrée à Bruxelles; avec l'armée de Rhin-et-Moselle, il pousse jusqu'à Munich et accomplit cette retraite devenue fameuse sous le nom de retraite de Moreau; avec l'armée d'Italie, il résiste dans Gênes jusqu'à la dernière extrémité. Reste le neuvième d'une compagnie de cent dix hommes détruite par la guerre, réduit par une blessure à regagner son village, il n'a ni un mot de plainte, ni un mouvement d'humeur ou d'ambition déçue. Il reste fier d'avoir servi son pays avec honneur et avec probité. J'insiste sur ce dernier mot, parce que plusieurs pages de son journal témoignent des plus nobles sentiments 1. La partie descriptive n'en est pas bien riche, les développements et les réflexions ne sont jamais poussés loin, mais si l'esprit de l'auteur est borné, son âme apparaît grande et généreuse, on sent qu'il est honnête homme et bon Français. On oublie la sécheresse et la monotonie même du récit, parce qu'il vous fait sûrement connaître l'esprit du soldat et aussi les cruelles nécessités de la guerre.