Note 28 — JACQUES LE FATALISTE (continued 2)
Reading edition
«Comment a-t-on pu donner, dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique, le nom de cul-de-sac à l'angiportus des Romains? Les Italiens ont pris le nom d'angiporto pour signifier strada senza uscita. On lui donnait autrefois chez nous le nom d'impasse, qui est expressif et sonore. C'est une grossièreté énorme que le mot de cul-de-sac ait prévalu.»
On lit encore dans une lettre de Voltaire aux Parisiens (cette lettre, qui précède l'Avertissement de la comédie de l'Écossaise, est écrite contre l'auteur de l'Année littéraire): «J'appelle impasse, messieurs, ce que vous appelez cul-de-sac. Je trouve qu'une rue ne ressemble ni à un cul ni à un sac. Je vous prie de vous servir du mot impasse, qui est noble, sonore, intelligible, nécessaire, au lieu de celui de cul, en dépit du sieur Fréron, ci-devant jésuite.»
Le Breton, imprimeur de l'Almanach royal, s'étant servi du mot de cul-de-sac en donnant l'adresse de quelques personnages, Voltaire s'écrie encore, dans le Prologue de la guerre civile de Genève: «Comment peut-on dire qu'un grave président demeure dans un cul? Passe encore pour Fréron: on peut habiter le lieu de sa naissance; mais un président, un conseiller! Fi! monsieur Le Breton; corrigez-vous, servez-vous du mot impasse, qui est le mot propre; l'expression ancienne est impasse.» (Br.)