Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ. (continued 3)
Albert Montémont translation
Les flammes, ayant maintenant surmonté tous les obstacles, s'élevaient vers le ciel en formant une colonne immense qu'on pouvait apercevoir de tous les lieux situés à de grandes distances à la ronde. Chaque tour, chaque toit, chaque plancher, tombaient successivement avec un fracas épouvantable, en sorte que les combattans furent obligés de sortir de la cour. Les vaincus, dont il ne restait qu'un petit nombre, s'échappèrent et se réfugièrent dans le bois voisin. Quant aux vainqueurs, rassemblés en groupes nombreux, ils contemplaient avec un étonnement mêlé de crainte et d'effroi cette masse de feu, qui donnait aux flammes cette teinte rougeâtre que l'on voyait se réfléchir ensuite sur les figures et les armes des combattans. La Saxonne Ulrique, en extase à la vue de tant d'horreurs, resta long-temps visible dans le poste élevé où elle s'était placée, agitant ses bras de tous côtés, comme pour exprimer la joie qu'elle ressentait, et s'applaudissant du résultat de l'incendie qu'elle avait allumé. Enfin la tourelle s'écroula avec un fracas épouvantable, et Ulrique périt au milieu des flammes qui avaient consumé son tyran. Un silence de stupeur, qui régna pendant quelques instans, donna la juste mesure des profondes impressions que cette catastrophe faisait naître dans l'âme des combattans, dont l'immobilité ne fut interrompue que par leurs signes de croix. On entendit alors la voix de Locksley, qui s'écria: «Archers, poussez des cris d'allégresse! le repaire de la tyrannie a disparu. Que chacun de vous apporte son butin à notre rendez-vous ordinaire du trysting-tree28, à Harthill-Walk; c'est là qu'à la pointe du jour nous en ferons un juste partage entre nos troupes et celles de nos dignes auxiliaires dans ce grand acte de vengeance.»