Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ.
Albert Montémont translation
«J'ai déjà entendu cette histoire, dit Fitzurse, quoique le prieur ou toi vous ayez fait de singulières altérations dans la date et dans les détails.»--«Je te dis, répliqua de Bracy, que je veux me pourvoir d'une femme à la manière de la tribu de Benjamin; c'est-à-dire que sous un pareil accoutrement je tomberai cette nuit même sur ce troupeau de lourds Saxons qui viennent de quitter le château, et leur enlèverai la belle Rowena.»--«Es-tu fou, Bracy, dit Fitzurse. Songe donc que, bien que ce soient des Saxons, ils sont riches, puissans, et d'autant plus respectés par leurs concitoyens, que la richesse et la puissance ne sont maintenant le partage que d'un petit nombre d'individus de cette nation.»--«Et ce ne devrait être celui d'aucun d'eux, dit Bracy, pour que l'oeuvre de la conquête fût réellement consommé.»--«Ce n'est pas du moins le temps d'y songer, reprit Fitzurse; la crise qui s'approche impose à Jean la nécessité de captiver la faveur populaire, et il ne pourrait refuser de punir quiconque outragerait un homme cher à la multitude.»--«Qu'il l'accorde s'il l'ose, dit Bracy, et il verra bien vite la différence qui existe entre une bonne et vigoureuse masse de lances comme la mienne, et un misérable amas de Saxons, sans coeur ni sans aucune discipline. Au reste, vous ignorez mon plan: ne semblé-je pas un chasseur aussi hardi que quiconque sonna jamais du cor? Le blâme de la violence retombera sur les outlaws des forêts du comté d'Yorck. J'ai mis de fidèles espions aux trousses de ces Saxons revêches: ils couchent cette nuit au couvent de saint Wittol ou Withold, ou je ne sais comment ils appellent ce rustre de saint saxon, près de Burton-sur-Trent18. La marche du lendemain les met en notre pouvoir, et nous fondons sur eux comme des faucons sur leur proie. Alors je paraîtrai sous ma forme naturelle, je ferai le chevalier courtois, je délivrerai la belle infortunée des mains de ses grossiers ravisseurs, je la conduirai au château de Front-de-Boeuf ou en Normandie, s'il est nécessaire, et je ne la ramènerai à sa famille que comme épouse et dame de Maurice de Bracy.»