Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ.
Albert Montémont translation
Ce fut avec une gravité rusée et seulement interrompue par quelques gestes qu'ils se faisaient les uns aux autres, que les chevaliers normands observèrent la rude manière avec laquelle Athelstane et Cedric se conduisirent au banquet, en manquant, sans le savoir, aux usages du beau monde qui leur était peu familier. Tous deux étaient l'objet de sarcasmes piquans; et l'on sait que l'on excuse plutôt un homme de violer les règles de la bienséance, et de blesser les bonnes moeurs, que de paraître ignorer les points les plus minutieux de l'étiquette et du bon ton. Aussi, lorsque Cedric essuyait ses deux mains avec une serviette, au lieu d'attendre que l'humidité qui les impreignait séchât d'elle-même en les agitant avec grâce en l'air, s'attirait plus de ridicule que son compagnon Athelstane, qui, à lui seul, s'était adjugé un énorme pâté rempli de toutes les délicatesses exotiques les plus recherchées, et qu'on appelait alors un Karum-Pie15. Cependant, lorsqu'après un mûr examen on découvrit que le thane ou franklin de Coningsburgh n'avait aucune idée de ce qu'il venait de dévorer, et qu'il avait pris pour des alouettes et des pigeons les becfigues et les rossignols contenus dans le Karum-Pie, son ignorance lui attira une bordée assez ample de risées, que sa gloutonnerie eût méritée bien davantage.