Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ.
Albert Montémont translation
Ainsi la liste des archers se trouva définitivement fixée au nombre de huit concurrens. Le prince Jean descendit de son trône pour examiner de plus près ces archers, dont plusieurs portaient une livrée royale. Sa curiosité ainsi satisfaite, il chercha des yeux l'objet de son ressentiment, qu'il aperçut debout, à la même place de la veille, et avec l'effronterie et le sang-froid dont il avait déjà donné des preuves. «Coquin, dit le prince Jean, je devinais à ton insolente fanfaronnade que tu ne serais pas un partisan du long but, et je vois que tu n'oses pas aventurer ton adresse au milieu de pareils concurrens.»--«Sous le bon plaisir de votre grâce, dit le yeoman, j'ai un autre motif, pour ne pas tirer, que la crainte d'une défaite.»--«Et quel est ce motif?» demanda le prince, qui, par quelque cause que lui-même n'aurait pu expliquer, se sentait travaillé d'une vive curiosité à l'égard de cet individu. «Parce que, repartit l'homme des bois, j'ignore si ces yeomen et moi pouvons tirer au même but; et puis je craindrais que votre altesse ne vît pas de bon oeil que je remportasse un troisième prix, après avoir eu le malheur d'encourir votre disgrâce.»--«Quel est ton nom? dit le prince en colère.»--«Locksley,» répondit-il.--«Eh bien, Locksley, tu viseras à ton tour, lorsque les six yeomen auront prouvé leur habileté. Si tu remportes le prix, j'y ajouterai vingt nobles10; mais si tu perds, tu seras dépouillé de ton habit vert de Lincoln11, et chassé de la lice à grands coups de corde d'arc, en récompense de ta forfanterie.»