Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ.
Albert Montémont translation
Cependant tel est l'empire de l'habitude, que non seulement la foule obscure des spectateurs attirée naturellement par les scènes d'horreur, mais les dames elles-mêmes, placées dans les galeries, observaient la mêlée non pas sans éprouver, on le pense bien, une certaine émotion, mais sans qu'il leur vînt la moindre envie de détourner les yeux d'une lutte aussi terrible. En divers lieux de ces galeries on voyait, il est vrai, les joues de la beauté pâlir, et on l'entendait pousser un faible cri lorsqu'un amant, un frère ou un époux était jeté de son cheval sur la poussière; mais, en général, les femmes encourageaient les combattans, soit en applaudissant de leurs mains, soit même en s'écriant: «Brave lance! bonne épée!» si un trait de courage ou un coup vigoureux venait les étonner. Au singulier intérêt que prenait le beau sexe à ces joutes sanglantes, il est aisé de sentir que les hommes en témoignaient un bien plus vif encore. Il se manifestait par de bruyantes acclamations à chaque heureuse chance de succès, pendant que tous les yeux s'attachaient sur l'arène, comme si les spectateurs eux-mêmes eussent donné ou reçu les coups dont ils se bornaient simplement à juger. A chaque pause on entendait la voix des hérauts qui s'écriaient: «Courage! frappez, braves chevaliers! l'homme meurt, mais la gloire vit! Frappez! la mort vaut mieux que la défaite! Courage, braves chevaliers! les yeux de la beauté contemplent vos exploits7!»