Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ
Albert Montémont translation
«Le Français, dit le templier en haussant la voix d'un ton présomptueux, suivant ses habitudes, est non seulement l'idiome naturel de la chasse, mais encore celui de l'amour et de la guerre, celui qui doit gagner le coeur des belles et répandre la terreur parmi les ennemis.»--«Sire templier, dit Cedric, videz votre coupe et remplissez celle du prieur, tandis que je vais remonter à une trentaine d'années. Tel que j'étais à cette époque, mon franc saxon n'avait pas besoin d'ornemens français pour se rendre propice l'oreille d'une femme, et les champs de North-Alterton 39 pourraient dire si, à la journée du Saint-Étendard, le cri de guerre saxon ne fut pas entendu aussi loin dans les rangs de l'armée écossaise, que le cri de guerre normand: À la mémoire des braves qui combattirent dans cette journée! Faites-moi raison, mes chers hôtes;» et ayant vidé d'un trait son verre, il continua avec une chaleur toujours croissante: «Oui, ce fut une mémorable levée de boucliers, lorsque cent bannières se déployèrent sur les têtes des braves; que le sang coula autour de nous par torrens, et où la mort devint préférable à la fuite. Un barde saxon eût appelé cette journée la fête des épées, le rassemblement des aigles fondant sur leur proie, le heurt affreux des lances contre les boucliers, un bruit de guerre plus propre à chatouiller l'oreille que les airs joyeux d'un festin de noces! mais nos bardes ne sont plus; nos exploits se perdent dans ceux d'une autre race; notre langue, notre nom même, sont près de s'éteindre, et il ne reste qu'un vieillard isolé pour donner des larmes à tant de vicissitudes. Échanson paresseux, remplis les verres. Allons, sire templier, aux forts en armes! aux valeureux champions, quelles que soient leur nation et leur langue, qui aujourd'hui combattent avec le plus de persévérance parmi les défenseurs de la croix.»