Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ
Albert Montémont translation
Cependant les idées que l'on nourrissait sur la conduite du clergé, tant séculier que régulier, à cette époque, étaient si relâchées, que le prieur Aymer conservait une assez bonne réputation dans les environs de son abbaye. Son caractère franc et jovial, l'indulgence qu'il montrait pour tout ce que les grands appelaient des peccadilles, le faisaient accueillir près des nobles, grands et petits, et à plusieurs desquels il se trouvait allié, étant lui-même d'une famille distinguée d'origine normande. Les dames surtout n'étaient pas disposées à éplucher trop sévèrement la conduite d'un des plus chauds admirateurs de leurs charmes, et si habile à dissiper l'ennui qui ne réussissait que trop à s'introduire dans les salons et les bocages d'un château féodal. Aucun chasseur ne suivait le gibier plus vivement que le prieur, et il était connu pour avoir les faucons les mieux dressés et les lévriers les plus agiles de tout le North-Riding 31; avantage qui contribuait à faire rechercher sa société par la jeune noblesse. Il avait un autre rôle à jouer auprès des vieillards, et il s'en acquittait à merveille dans l'occasion. Ses connaissances très superficielles en littérature lui suffisaient pour imprimer à l'ignorance un profond respect; sa science prétendue, la gravité de son air et de ses discours, le ton imposant qu'il prenait en parlant de l'autorité de l'Église et du sacerdoce, donnaient presque lieu de croire à sa sainteté. Même le bas peuple, qui souvent critique le plus sévèrement la conduite de ses supérieurs, couvrait du voile de l'indulgence les faiblesses du prieur Aymer. Il était charitable, et la charité rachète une foule de péchés, dans un autre sens que ne le dit l'Écriture. Les revenus de l'abbaye, dont une grande partie se trouvait à sa disposition, en lui donnant les moyens de fournir à ses dépenses personnelles, qui étaient considérables, lui permettaient encore de faire participer à ses largesses les paysans, et de soulager quelquefois la détresse du pauvre. Si le prieur Aymer restait le dernier à table, et passait plus de temps à la chasse qu'à l'église; si on le voyait rentrer dans l'abbaye à la pointe du jour, par une porte de derrière, après avoir passé la nuit à quelque rendez-vous galant, on se contentait de hausser les épaules, et l'on s'habituait à ses désordres en songeant que la plupart de ses confrères en faisaient davantage, sans avoir les mêmes droits à l'indulgence du peuple. La personne et le caractère du prieur Aymer étaient donc choses très familières pour nos deux serfs saxons, qui le saluèrent avec respect, et qui reçurent en retour son «Benedicite, mes filz.»