Note (retour) — LE RETOUR DU CROISÉ
Albert Montémont translation
Deux figures humaines, qui complétaient ce paysage, offraient dans leur extérieur et leurs vêtemens ce caractère sauvage et rustique auquel on reconnaissait, dans ces temps reculés, les habitans de la partie boisée du West-Riding de l'Yorkshire 25. Le plus âgé avait un aspect dur, farouche et grossier; son habillement, qui était de la forme la plus commune et la plus simple, consistait en une sorte de jaquette serrée à manches, faite de la peau tannée de quelque animal, à laquelle on avait primitivement laissé le poil, alors usé en tant d'endroits, qu'il eût été difficile de juger à quel quadrupède il avait appartenu. Ce vêtement descendait du cou aux genoux, et tenait lieu de tous ceux qui sont destinés à envelopper le corps; il n'avait qu'une seule ouverture par le haut, suffisante pour y passer la tête, et il était évident qu'on le mettait de la même manière qu'on passe aujourd'hui une chemise, ou plus anciennement un haubert. Des sandales, attachées avec des courroies de cuir de sanglier, protégeaient ses pieds; deux bandes d'un cuir plus mince entrelaçaient chacune de ses jambes jusqu'au genou, qui demeurait à nu, comme dans le costume des montagnards écossais. Pour fixer cette jaquette plus étroitement autour du corps, une ceinture de cuir la serrait par le moyen d'une boucle de cuivre. À cette ceinture étaient suspendus d'un côté une sorte de petit sac, de l'autre une corne de bélier dont on avait fait un instrument à vent armé d'un bec; on y voyait fixé de même un de ces longs couteaux de chasse, à lame large, pointue, et à deux tranchans, garnie d'une poignée de corne; instrument que l'on fabriquait alors dans le voisinage, et qu'on appelait couteau de Sheffield 26. Cet homme avait la tête découverte et les cheveux arrangés en tresses fortement serrées: le soleil les avait rendus d'un roux foncé, couleur de rouille, qui contrastait avec sa barbe d'une nuance jaunâtre comme l'ambre. Il ne me reste plus à citer qu'une seule partie de son ajustement, et elle était trop remarquable pour que je puisse l'omettre: c'était un collier de cuivre qui entourait son cou, pareil à celui d'un chien, mais sans aucune ouverture, fixé à demeure, assez lâche pour permettre de respirer et d'agir, et qu'on ne pouvait enlever sans recourir à la lime. Sur ce collier bizarre était gravée l'inscription suivante, en caractères saxons: «Gurth, fils de Beowulph, est l'esclave-né 27 de Cedric de Rothervood.»