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Israël en Égypte

Note (return) — II

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Rappelez-vous, Baille, qu'au moment où les eaux de l'abîme, soulevées par la musique, engloutirent Pharaon, ses chars et ses cavaliers, il fallut nous faire violence pour ne pas pousser des cris: sans le respect du lieu où nous étions, la fureur de notre enthousiasme eût effrayé tout le monde. Il y a pourtant de grandes oeuvres qui n'appellent pas l'applaudissement. Celui qui vient d'entendre la Passion selon saint Matthieu se retire ému jusqu'au fond de l'âme; il n'a point de paroles, et toute marque d'approbation lui paraîtrait sacrilège. On éprouve quelque chose d'analogue après le Parsifal de Wagner. Vous ne sauriez applaudir, si vous êtes resté cinq heures dans les ténèbres de Bayreuth, les yeux fixés sur des héros vaporeux comme des songes, bien qu'ils saignent de la plus douloureuse humanité. Quand vous n'êtes plus ébloui par l'étrange lumière où s'agitaient ces merveilleux fantômes, vous allez souper discrètement. Un malaise délicieux vous trouble l'esprit, le coeur et les sens; que pourriez-vous dire? Au contraire, après Israël en Égypte, nous n'aurions pu nous taire sans étouffer. Une fois hors de l'église, nous hurlâmes dans la nuit: «Chevaux et cavaliers, il les a jetés à la mer!» Mais il n'en faudrait pas conclure, n'est-il pas vrai, Baille? que Hændel ignore les plus profondes angoisses de l'âme humaine. Celles qui étreignent un coeur solitaire le touchaient aussi bien que celles d'une multitude opprimée. J'en prends à témoin, parmi tant d'autres, cette mélodie chargée de sanglots: «Il fut rejeté par les hommes»—que le maître écrivit, baigné de larmes, avec toute la pitié de son coeur1.

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